Prise de position de l’AMM sur l’accès à une prise en charge appropriée de la douleur


Adoptée par la 62ème Assemblée générale de l’AMM, Montevideo, Uruguay, octobre 2011
et révisée par la 71ème Assemblée générale de l’AMM (en ligne), Cordoue, Espagne, octobre 2020
et par la 77ème Assemblée générale de l’AMM, Rotterdam, Pays-Bas, octobre 2026

 

PRÉAMBULE

La douleur constitue une perception complexe, qui comprend des aspects physiques, psychologiques, sociaux, culturels et spirituels et l’accès à un traitement approprié fait partie des droits humains.

Pourtant, des dizaines de millions de personnes à travers le monde subissent une douleur modérée à grave, parfois prolongée, sans avoir accès à un traitement approprié de leur douleur. Celles qui ne peuvent exprimer facilement cette douleur, comme les enfants, les personnes atteintes de déficiences intellectuelles et celles dont la conscience est altérée, ainsi que les personnes et les populations qui ont historiquement été traitées insuffisamment contre la douleur en raison de préjugés sont particulièrement exposées à un traitement inadéquat de leur douleur.

Un traitement antidouleur inadapté contribue à la souffrance physique et émotionnelle d’une personne, a des répercussions sur la famille et autres proches du patient, et peut représenter un fardeau pour les soins de santé et pour l’économie de la société.

Dans de nombreux cas, la douleur peut être supprimée ou soulagée par des traitements et des interventions simples, ce qui améliore de manière spectaculaire la qualité de vie des patients.

Parfois, les facteurs psycho-émotionnels sont encore plus significatifs que les facteurs physiologiques. Dans ces cas, les traitements contre la douleur exigent une approche complexe et des équipes pluridisciplinaires.

Comme le montre le rapport “Left behind in pain” (“laissés pour compte dans la douleur”) publié en 2023 par l’Organisation mondiale de la santé, l’utilisation d’opioïdes pour traiter la douleur a connu une croissance importante dans certains pays, tandis que dans de nombreuses régions du monde, l’accès à ces traitements demeure limité. Même dans les pays où la consommation d’opioïdes est élevée, il peut être difficile pour certaines populations de recevoir un traitement approprié de leur douleur, notamment dans le cadre des soins palliatifs et des soins de fin de vie, pour lesquels les disparités en matière d’accès aux opioïdes peuvent être importantes. Une évaluation incomplète de la douleur ou une mauvaise utilisation des médicaments contre la douleur, y compris la surconsommation, l’abus et l’addiction, peuvent provoquer des effets indésirables.Ces écueils sont cruciaux et constituent des cas urgents qui doivent être pris en charge dans les meilleurs délais. Ces défis soulignent combien il est nécessaire d’adopter des approches équilibrées, fondées sur des données probantes et centrées sur le patient pour la prise en charge de la douleur, afin de garantir l’accès à des traitements efficaces tout en prévenant les préjudices évitables.

 

RECOMMANDATIONS

Éducation sur le traitement de la douleur

  1. Tous les médecins et autres membres du personnel de santé devraient recevoir une formation aux bonnes pratiques de prise en charge et de contrôle de la douleur, basées sur les données acquises de la science, depuis la formation initiale jusqu’aux activités de formation continue. La formation devrait également reconnaître lorsqu’il n’existe pas suffisamment de données probantes pour étayer les pratiques en matière de prise en charge de la douleur.
  1. La formation devrait comporter un volet sur l’évaluation et sur le soulagement de la douleur, étayé par des preuves. Cela inclut des informations sur l’efficacité et les risques associés aux analgésiques, notamment sur l’action des opioïdes ainsi que sur l’ajustement et la conversion des posologies d’opioïdes ; sur les risques de biais et de sous-médicalisation ou de surmédicalisation ; et sur la prévention des prescriptions inappropriées, des effets indésirables, de la dépendance et des surdoses. Il conviendrait d’enseigner les soins centrés sur le patient afin de parvenir à mettre fin à la douleur de manière appropriée tout en réduisant les risques d’effets indésirables, de la dépendance et des surdoses. Les cursus devraient être conçus en tenant compte des compétences, afin d’améliorer les connaissances, les attitudes et les compétences des professionnels de santé en matière de traitement de la douleur.
  1. La formation devrait également inclure des conseils et des orientations sur la manière de se conformer à la réglementation relative aux médicaments soumis à contrôle (notamment en matière d’approvisionnement, de prescription, de délivrance, de documentation et d’obligations de déclaration), ainsi que des stratégies concrètes pour prévenir le détournement et l’usage non médical, tout en garantissant un accès rapide aux patients qui en ont légitimement besoin.
  1. La formation au traitement de la douleur destinée aux professionnels de santé devrait également aborder les options thérapeutiques non médicamenteuses. La formation devrait leur permettre d’acquérir de solides compétences en communication interpersonnelle, une compréhension approfondie des différences culturelles et la capacité à évaluer la douleur globale du patient dans ses dimensions physiologique et psychologique. Elle doit également favoriser leur intégration au sein d’équipes pluridisciplinaires en vue d’atténuer les souffrances des patients, avec ou sans médicaments.
  1. La formation devrait permettre aux étudiants de se spécialiser dans le traitement de la douleur et les soins palliatifs, afin qu’ils puissent constituer un renfort efficace pour les médecins de première ligne et les autres membres du personnel de santé.

Médecins et autres professionnels de santé

  1. La prise en charge de la douleur doit être assurée par un médecin et comporter :
  • une évaluation globale du patient et un diagnostic de la cause de la douleur, y compris la maîtrise culturelle dans l’évaluation de la douleur, en particulier lorsqu’il s’agit de populations diverses où l’expression de la douleur varie ou peut être influencée par la stigmatisation.
  • une évaluation des options thérapeutiques et une sélection de celles qui sont appropriées dans le cadre d’un processus décisionnel partagé, y compris les interventions pharmacologiques et/ou non pharmacologiques ;
  • un arrêt des traitements prescrits le cas échéant, des soins de suivi, un diagnostic et une prise en charge des complications ;
  • une collaboration avec d’autres membres du personnel de santé, le cas échéant.
  1. Tous les médecins et autres professionnels de santé doivent évaluer efficacement et traiter la douleur de tous leurs patients, en tenant compte des valeurs et préférences de ces derniers, y compris des enfants, des patients atteints de troubles cognitifs, de ceux qui ne peuvent s’exprimer clairement eux-mêmes, et des patients et populations dont on a historiquement négligé la douleur en raison de préjugés implicites ou explicites.
  1. Les médecins et autres professionnels de santé devraient suivre les directives supplémentaires relatives au traitement de la douleur figurant dans la prise de position de l’AMM sur les responsabilités des médecins dans la prévention et le traitement de l’abus d’opiacés et de médicaments psychotropes, la déclaration de Lisbonne de l’AMM sur les Droits du Patient, et dans la déclaration de Venise de l’AMM sur les soins médicaux en fin de vie.

Gouvernements, autorités de réglementation et administrateurs des soins de santé

  1. Les gouvernements, les autorités de règlementation et les administrateurs des soins de santé devraient reconnaître le poids que représente la douleur sur la santé, la productivité et l’économie.
  1. Les gouvernements doivent veiller à ce que les patients qui souffrent aient accès à des traitements efficaces, y compris les produits analgésiques appropriés. Des obstacles injustifiés à cet accès sont contraires aux principes éthiques et incompatibles avec le respect de leur droit à la santé.
  1. Les gouvernements devraient associer de manière constructive les patients, les professionnels de santé et les communautés concernées à la définition des priorités, à l’application et à l’évaluation des politiques et réglementations relatives aux médicaments soumis à contrôle, y compris en évaluant leurs effets imprévus sur la réalité de leur accès et de leur sécurité.
  1. Les gouvernements devraient régulièrement réexaminer et réviser les règlements et politiques en matière de contrôle des substances afin d’assurer la disponibilité et l’accessibilité des substances règlementées telles que les opioïdes. Il convient en outre de prendre des mesures appropriées pour réduire au minimum les mauvais usages et la consommation illicite de ces produits et les gouvernements devraient mettre en place des services de soutien spécialisés, dotés de ressources suffisantes, pour traiter la dépendance aux médicaments sur ordonnance. La gestion des substances règlementées devrait rechercher l’équilibre entre l’atténuation des souffrances et la prévention des mésusages, tout en veillant à ce que les pratiques de prescription s’appuient sur des informations indépendantes et fondées sur des données probantes, et soient à l’abri de toute influence indue.
  1. Les gouvernements, les organismes de réglementation et les administrateurs des soins de santé, en collaboration avec les associations professionnelles et les patients, devraient redoubler d’efforts pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies fondées sur des données probantes  ainsi que des recommandations claires pour lutter contre les restrictions de soins, aux problèmes liés à la réduction progressive et à la gestion du sevrage, les cas de surdose et autres préjudices subis par les patients souffrant de douleurs, de maladies mentales ou de troubles liés à la consommation de substances.
  1. Les gouvernements devraient assurer un financement suffisant pour soutenir la recherche sur la prévention, l’éducation et le traitement de la douleur et identifier et mettre en œuvre des solutions, en particulier :
  • explorer les facteurs susceptibles d’influencer l’accès au traitement de la douleur, comme les conditions financières, le statut socioéconomique, l’appartenance ethnique des patients, les différences entre urbains et ruraux, les aspects logistiques, l’insuffisance de l’éducation et de la formation des médecins et du personnel de santé, ainsi que la culture (la méconnaissance des opioïdes ou des approches traditionnelles de prise en charge de la douleur par exemple) ;
  • promouvoir l’usage d’outils validés d’évaluation de la douleur ;
  • Mener ou promouvoir la recherche de nouveaux traitements antalgiques et de nouveaux moyens de prise en charge, y compris les thérapies non pharmacologiques.
  • établir un système et une procédure standard pour enregistrer et recueillir des données sur la douleur afin d’en tirer des statistiques fiables et d’en faire le suivi. Les données relatives à la douleur comprennent l’incidence et la prévalence de la douleur, ses causes, le statut du traitement de la douleur, les raisons pour lesquelles la douleur n’est pas convenablement traitée, le nombre de personnes qui consomment ce produit de manière illicite, etc. Une attention particulière doit être accordée à la collecte de données adéquates et normalisées afin d’éliminer les inégalités dont souffrent les populations historiquement marginalisées.
  • Examiner les voies de détournement des médicaments en fonction du contexte (chaîne d’approvisionnement, prescription, délivrance) et évaluer les mesures permettant de réduire ce détournement sans restreindre l’accès légitime aux médicaments.
Résolution
Education, Maladie en phase terminale, Médicaments, Morphine, Opiacés, Soins de fin de vie, Souffrances, Soulagement de la douleur, Suicide, Traitement palliatif

Résolution de l'AMM sur la Prescription de Médicaments

Adoptée par la 61e Assemblée Générale de l'AMM, Vancouver, Canad...

Déclaration de Venise de l'AMM sur les soins médicaux de fin de vie

Adoptée par la 35ème Assemblée Médicale Mondiale, Venise, Italie...