Prise de position de l’AMM sur les soins de santé primaires


Adoptée par la 74ème Assemblée générale de l’AMM, Kigali, Rwanda, octobre 2023

 

PRÉAMBULE

Les soins de santé primaires (SSP) sont une composante essentielle de tout système de santé, en raison de leur couverture et de leur distribution très large, de leur accessibilité et de leur capacité à résoudre les problèmes de santé de la population. C’est pourquoi ils constituent un élément fondamental de la cohésion sociale, qui vient corriger les inégalités de santé entre les personnes et les territoires, qui garantit l’équité dans les soins de santé et qui favorise des soins de santé de proximité, accessibles et efficaces, capables de s’adapter aux changements sanitaires.

Il convient de faire valoir les atouts des SSP : de haute qualité, sûrs, complets, intégrés, accessibles, disponibles et à la portée de toutes les bourses, partout, assurés avec compassion, respect et dignité afin de résoudre la plupart des problèmes de santé de la population.

L’approche par les SSP est fondamentale pour la réalisation de nos objectifs communs de mise en œuvre de la couverture santé universelle (CSU) et des objectifs de développement durables relatifs à la santé.

Les soins de santé primaires comprennent les soins personnels, thérapeutiques, préventifs, de diagnostic, palliatifs et de réadaptation, mais aussi les services de conseil. Il ne s’agit pas d’une approche centrée sur une pathologie, mais sur la personne. Les SSP relèvent en outre d’une politique multisectorielle des soins qui vise à donner aux personnes, aux familles et à la société un rôle actif dans l’amélioration de leur santé. Les SSP devrait être assurés de façon à être accessibles, complets et dirigés par un médecin afin de garantir des soins appropriés et de haute qualité. Les SSP couvrent l’ensemble du spectre de services de santé essentiels pour tous les âges.

Les SSP constituent le premier contact de la personne avec le système de santé. Ils permettent de répondre à la plupart des besoins de santé de la population par des services complets et intégrés de manière continue et longitudinale.

Les SSP couvrent l’ensemble des services de santé essentiels pour tous les âges.

Des systèmes de SSP solides sont essentiels pour des systèmes de santé efficaces, équitables, adaptés, pérennes et d’un bon rapport coût-bénéfices. Une bonne partie des besoins de santé peuvent être satisfaits au niveau des soins primaires, ce qui permet de redistribuer la charge de travail et de soulager les services d’urgences saturés et les services de soins de santé secondaires ou tertiaires. La prestation de soins longitudinaux et une relation médecin-patient de confiance permettent de réduire la demande parallèle de soins et les orientations superflues. Il a également été montré que la continuité des soins réduisait la mortalité, les hospitalisations pour un état grave et les soins hors des jours ouvrables[1].

Les SSP contribuent à la prévention, à la détection précoce, à l’identification des facteurs de risque et à leur atténuation et à une réponse en temps utile aux maladies infectieuses, aux flambées de maladies, transmissibles ou non, à une adhésion optimale aux traitements et à la réadaptation.

Des SSP robustes améliorent la réactivité des systèmes de santé en s’adaptant aux besoins de santé actuels et futurs de la population, en contribuant à des soins responsables vis-à-vis de la société, en impliquant activement et en mobilisant la population et en permettant aux patients de bénéficier de soins pluridisciplinaires et participatifs.

Les SSP sont aux avant-postes pour lutter contre les déterminants sociaux des inégalités de santé et pour améliorer la santé physique et mentale et le bien-être social des personnes.

L’enseignement spécialisé de la pratique généraliste/de famille s’est développée différemment selon les régions. Dans certains pays, la médecine généraliste/de famille est une spécialité aussi complète et réputée que les autres spécialités.

Lorsque la gestion ou la coordination des cas pourrait limiter l’accès à des soins médicaux appropriés, les patients devraient avoir la liberté de voir un médecin expert des services dont ils ont besoin, quelle que soit la spécialité. L’intérêt du patient doit primer sur toute autre considération.

Les SSP doivent tenir compte des nouveaux défis auxquels font face les systèmes de santé, comme la forte prévalence des maladies chroniques, les risques d’épidémie et de pandémie, les effets de l’environnement et du changement climatique sur la santé et le problème de la résistance aux antimicrobiens, qui sont les principales menaces qui pèsent sur la santé pour les années à venir, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cette dernière fait des SSP une priorité pour réduire ces risques et répondre aux principaux défis sanitaires mondiaux à venir.

 

RECOMMANDATIONS

L’Association médicale mondiale recommande aux gouvernements et aux autorités de santé nationaux :

  1. de renforcer les SSP au sein des systèmes de santé et de prévoir leur financement et leur équipement adéquats au sein d’établissements de SPP. Cela suppose de disposer de suffisamment de médecins de SSP bien formés (médecins généralistes/de famille, internes généralistes, pédiatres généralistes et gynécologues/obstétriciens) pour satisfaire la demande actuelle et à venir en matière de services de santé ;
  2. de promouvoir des SSP adéquatement dotés en ressources humaines et matérielles et en moyens de devenir plus décisifs, efficaces, efficients et pérennes ;
  3. d’assurer la réactivité du système vis-à-vis des besoins de santé de la population, par l’adaptation des systèmes de santé et de permettre la participation de la population par l’adaptation des systèmes de SSP aux besoins de santé de la population ;
  4. de créer des systèmes d’orientation fonctionnels et des mécanismes qui favorisent la coordination et l’intégration des soins à différents niveaux (primaire, secondaire, tertiaire) et la collaboration des médecins de SSP et des médecins spécialistes pour assurer la continuité des soins ;
  5. d’assurer la planification et le recrutement d’effectifs suffisants en SSP en leur assurant des conditions de travail décentes, y compris par l’amélioration des conditions de travail et de rémunération, par l’emploi de stratégies de recrutement et de rétention accordant une attention particulière aux zones géographiques et aux groupes socio-démographiques isolés et par la formation prioritaire de personnel médical et paramédical suffisant pour assurer de futurs effectifs suffisants pour les SSP ;
  6. d’élaborer d’autres mécanismes de soutien administratif pour assister les médecins de soins primaires dans la logistique de leur pratique, tout en s’efforçant de réduire les activités administratives étrangères aux soins aux patients afin d’aider à assurer la satisfaction des professionnels et la pérennité de la pratique ;
  7. de promouvoir les SSP en tant que soins de santé de proximité, liés aux gens, connotés positivement.

L’Association médicale mondiale recommande à ses membres constituants et aux professionnels de la médecine :

  1. de plaider pour un système de soins de santé primaires visant à assurer des services intégrés et complets, comprenant des soins préventifs, curatifs, palliatifs, de réadaptation et de promotion de la santé ;
  2. d’accroître la capacité de résolution et de réduire le poids bureaucratique des SSP ;
  3. de réaffirmer les besoins de services de SSP de haute qualité par le développement et l’utilisation de directives cliniques, de formations standardisées et d’agrément de la main-d’œuvre de SSP ;
  4. de développer l’autonomie professionnelle et l’implication des médecins de SSP dans le management ;
  5. de travailler avec les gouvernements nationaux et les universités pour optimiser la formation initiale du personnel de SSP. Ce travail pourrait notamment comprendre :
  • le développement et l’extension des programmes de formation médicale pour former davantage de médecins de SSP ;
  • la promotion des possibilités de formation pour les diplômés de médecine afin de pourvoir de manière anticipée aux besoins de main-d’œuvre en SSP, et des expériences en SSP pour tous les étudiants, qui leur permettent d’exercer de plus en plus de responsabilités, en environnement ambulatoire et de terrain ;
  • la disponibilité d’une formation médicale continue qui tienne compte des besoins particuliers des effectifs de SSP ;
  • l’appel à la création d’un enseignement spécialisé structuré à destination des médecins généralistes et de famille ou d’autres programmes d’enseignement spécialisé pour les médecins de SSP qui soit prestigieuse et attractive ;
  1. la garantie que dans une situation de violence ou un conflit militaire, des SSP éthiques et de haute qualité puissent être fournis à la population selon ses besoins ;
  2. le conseil aux étudiants en matière de poursuite de leur carrière dans la spécialité des soins primaires et la bonne représentation des médecins de SSP parmi les professeurs, mentors et modèles aux futurs médecins ;
  3. une meilleure visibilité des membres de la faculté spécialistes des SSP et la promotion d’une attitude positive envers les SSP de la part de tous les membres de la faculté.
  4. d’encourager les efforts visant à équilibrer la représentation des médecins de SSP et celle des spécialistes/hospitaliers dans les processus de décision politiques et au sein des organisations médicales nationales et à réduire les écarts de rémunération injustifiés entre médecins ayant des niveaux de formation similaires mais travaillant à des niveaux de soins différents ;
  5. de plaider pour des systèmes de SSP qui associent les patients et la population locale et qui soient adaptés à leur environnement et à leurs besoins de santé ;
  6. de soutenir l’utilisation appropriée de technologies, de systèmes d’information, d’appareils numériques et d’outils de mégadonnées pour favoriser et améliorer les services de SSP ;
  7. de soutenir la recherche sur la prestation de soins de santé au niveau primaire et de promouvoir une culture de la recherche ;
  8. de remplir l’engagement international pris par les États de renforcer les SSP, étape essentielle vers la réalisation de la couverture santé universelle, créer des SSP durables et travailler à parvenir à la plus haute norme de santé possible (déclaration d’Astana) ;
  9. Promouvoir, par le biais des SSP, une médecine plus accessible, plus proche et plus humaine, centrée sur la personne et donnant la priorité aux besoins et aux intérêts des patients.

 

 

[1] Hogne Sandvik, Øystein Hetlevik, Jesper Blinkenberg and Steinar Hunskaar Br J Gen Pract 2021; DOI: https://doi.org/10.3399/BJGP.2021.0340).

Prise de position
Soins de santé primaire, SSP, Système de santé

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