Prise de Position de l’AMM sur la Formation Médicale
Adoptée par la 57e Assemblée générale de l’AMM, Pilanesberg, Afrique du Sud, Octobre 2006,
révisée par la 68e Assemblée générale, Chicago, Etats-Unis, Octobre 2017 et
par la 77e Assemblée générale de l’AMM, Rotterdam, Pays-Bas, octobre 2026
PRÉAMBULE
Introduction
- La formation médicale englobe la formation médicale de base (premier cycle) et toutes les étapes de la formation médicale post-universitaire, y compris la formation spécialisée et la formation médicale continue (FMC) /le développement professionnel continu (DPC). Il s’agit d’un processus évolutif qui s’étend sur toute la durée de la vie, depuis l’entrée dans le premier cycle de formation médicale jusqu’à la cessation de l’activité professionnelle ou au départ à la retraite.
- L’objectif principal de la formation médicale est de doter les étudiants en médecine et de cultiver chez les médecins des connaissances scientifiques, des compétences cliniques, des capacités de jugement éthique, afin de contribuer à l’amélioration de la médecine et des soins de santé, et d’adaptation nécessaires pour maîtriser les nouvelles technologies afin de promouvoir la santé, de prévenir et de traiter les maladies, et de soulager la souffrance.
- Les médecins portent une responsabilité individuelle et collective – envers leurs patients et la profession – de maintenir des normes élevées de professionnalisme, de compétence, de formation médicale et d’intégrité tout au long de leur carrière. Conformément au Code international d’éthique médicale de l’AMM, ils sont tenus de s’engager dans un apprentissage continu tout au long de leur vie professionnelle afin de maintenir et de développer leurs connaissances et leurs compétences professionnelles. Les institutions, les organismes de réglementation et les gouvernements partagent la responsabilité de permettre aux médecins de remplir ces responsabilités, et de les soutenir dans cette tâche.
- La formation médicale, à chaque étape de la carrière d’un médecin, a pour finalité ultime de servir l’intérêt supérieur du patient. Si les médecins sont les bénéficiaires directs de la formation médicale et du développement professionnel continu, leur véritable raison d’être et leur justification résident dans leur capacité à garantir des soins sûrs, compétents et de haute qualité à tout qui confie sa santé à la profession. Ainsi, tout investissement dans les systèmes de formation médicale ne doit pas être considéré comme un avantage accordé aux médecins, mais comme une obligation fondamentale envers les patients. Ce principe est conforme au devoir fondamental du médecin d’agir toujours dans l’intérêt supérieur du patient.
Principes fondamentaux de la formation médicale
- La formation médicale doit favoriser non seulement l’acquisition de connaissances et de compétences, mais également le professionnalisme, l’éthique, l’humanisme – qui constituent les fondements nécessaires pour contribuer à l’amélioration de la médecine et des soins de santé – et l’adaptabilité. Les médecins doivent être préparés à prendre en charge des populations diverses, à travailler en équipe et à répondre à des défis sanitaires en constante évolution.
- La qualité de la formation médicale relève de la responsabilité commune des enseignants, des étudiants, des médecins, des facultés de médecine, des universités, des organismes d’accréditation, des organisations professionnelles et des gouvernements. Ces parties prenantes doivent s’engager à améliorer continuellement la transparence et la responsabilité tout au long du cursus de médecine.
Formation médicale de base
- Objectifs et résultats escomptés : l’objectif de la formation médicale de base est de poser les fondements de la pratique clinique, de l’autonomie professionnelle, de la spécialisation future, de l’activité scientifique, de l’engagement en matière de santé publique, du leadership et de l’enseignement. Les diplômés doivent acquérir des compétences fondamentales en matière de raisonnement clinique, de communication, d’empathie, d’éthique professionnelle, de compréhension des systèmes de santé et d’apprentissage autonome.
- Pertinence contextuelle et mise en correspondance : la conception des cursus, les politiques d’admission, les stratégies d’évaluation et les objectifs pédagogiques doivent refléter les priorités locales, régionales et nationales en matière de santé, tout en s’inspirant des normes mondiales de qualité et d’équité. Les décisions doivent être transparentes, fondées sur des données probantes et ouvertes aux commentaires des parties prenantes.
Sélection des étudiants
- Préparation préalable à l’admission : idéalement, avant leur admission, les candidats devraient avoir suivi une formation de base étendue couvrant les sciences, les lettres, les sciences sociales et l’éthique. Les facultés de médecine, les universités et les organismes centraux chargés des admissions devraient évaluer les candidats sur leurs capacités intellectuelles, leurs compétences, leur motivation, leur intégrité, leur aptitude à communiquer, leur empathie et leur sens du service. Un critère unique (par exemple, les capacités intellectuelles ou des critères académiques) ne devrait pas être utilisé pour sélectionner les candidats. L’intégrité, l’empathie et le sens du service devraient être évalués avec précision et pris en compte au cours des processus de sélection. Il convient de veiller à prévenir les fraudes rendues possibles par les technologies modernes.
- Processus d’admission équitable : la sélection doit être équitable, non discriminatoire, contextualisée et axée sur la mission. Les écoles doivent promouvoir la diversité, l’inclusion et la représentation au sein du personnel médical. Les mécanismes de soutien, notamment des programmes de transition, doivent réduire les obstacles financiers ou structurels.
- Alignement des inscriptions sur les besoins en main-d’œuvre : le nombre d’étudiants admis devrait correspondre aux besoins en personnel de santé anticipés. Les associations médicales et les gouvernements devraient collaborer afin d’assurer un financement durable et de gérer l’offre pour éviter tout déséquilibre ou excédent. Les gouvernements, les autorités de régulation et les établissements d’enseignement devraient veiller à ce que l’augmentation du nombre d’étudiants admis en médecine de premier cycle s’accompagne d’un nombre suffisant de postes de stage, d’internat et de formation spécialisée.
- Transparence : les facultés de médecine devraient communiquer leurs buts et objectifs aux futurs étudiants et aux conseillers d’orientation médicale, afin que les candidats puissent postuler dans les facultés dont les programmes correspondent le mieux à leurs aspirations professionnelles. Dans leurs publications, les facultés de médecine devraient indiquer clairement les conditions d’admission et les méthodes qu’elles utilisent pour sélectionner les étudiants.
- Tests d’admission : même si les résultats des tests d’admission standardisés peuvent constituer un indicateur important de la capacité des étudiants à mener à bien leurs études dans les sciences précliniques, les facultés de médecine ne devraient pas considérer ces tests comme le seul critère de sélection des étudiants. Il est recommandé de réexaminer régulièrement ces tests d’admission, dans la mesure où leur contenu a une influence sur la formation pré-médicale et l’accompagnement des étudiants.
Cursus et évaluation
- Objectifs pédagogiques et conception des cursus : les objectifs pédagogiques doivent être explicites, alignés sur les compétences et élaborés en étroite collaboration avec les parties prenantes (patients, communauté, médecins). Le cursus doit intégrer les sciences fondamentales, les sciences comportementales et sociales, la santé publique, les systèmes de santé, l’éthique, les droits de l’homme et la santé planétaire de manière spirale et intégrée.
- Stratégies pédagogiques : l’enseignement devrait prendre en compte et évaluer les méthodologies pédagogiques appropriées, à savoir des méthodes d’enseignement fondées sur des données probantes, efficaces et flexibles.
- Recherche et enquête : il est important d’initier les étudiants dès leur plus jeune âge à la méthodologie de recherche, à l’évaluation critique, à la pratique fondée sur des preuves et aux possibilités d’enquête ou de participation à des projets universitaires. Ces éléments contribuent à favoriser une culture de curiosité et de perfectionnement tout au long de la vie.
- Formation clinique, formation et apprentissage par l’expérience : l’exposition clinique doit être supervisée, progressive et axée sur les compétences dans divers contextes (primaire, secondaire, tertiaire, rural, urbain). Les facultés de médecine devraient établir des normes à appliquer à tous les volets du programme de formation clinique, quel que soit le lieu où ceux-ci sont dispensés. La collaboration interprofessionnelle et les soins en équipe doivent être intégrés. Les responsabilités doivent augmenter à mesure que les compétences sont démontrées.
- Évaluation et progression : il est impératif d’utiliser des méthodes d’évaluation valides, fiables et transparentes (formatives, sommatives, examens cliniques objectifs structurés, portefeuilles, évaluations en milieu de travail). Les décisions relatives à la progression et à la remédiation doivent être fondées sur des données, avec des systèmes de soutien et de retour d’information clairs. Les corps professeurs des facultés de médecine ont pour responsabilité d’évaluer les capacités cognitives de leurs étudiants. Si des examens externes peuvent être utilisés à cette fin, ils ne doivent en aucun cas constituer le seul critère de passage en année supérieure ou d’obtention du diplôme d’un étudiant. Les corps professeurs ont également l’obligation d’évaluer de la manière la plus approfondie possible les capacités non cognitives de leurs étudiants en médecine.
Soutien et bien-être des étudiants
- Les facultés de médecine doivent mettre en place des systèmes de soutien complets couvrant les aspects académiques, psychologiques, sociaux et professionnels. Les services proposés peuvent inclure le mentorat, l’orientation professionnelle, le conseil, la gestion du stress, le soutien par les pairs et le suivi du bien-être. Ces services doivent être confidentiels, rapides, accessibles et préservés de toute répercussion sur le plan académique ou professionnel.
- Les institutions ont l’obligation de favoriser un environnement d’apprentissage positif, respectueux et sûr sur les plans physique, psychologique et culturel. La culture éducative se doit d’atténuer les risques d’épuisement professionnel, de soutenir une politique de tolérance zéro envers la violence sur le lieu de travail, de promouvoir le retour d’information, de respecter la diversité et d’encourager la recherche d’aide sans stigmatisation.
Corps professoral et ressources institutionnelles
- Qualifications et rôles du corps professoral : le corps professoral doit être dûment qualifié, tant sur le plan clinique que pédagogique, et reconnu à l’issue des processus de recrutement et de promotion non discriminatoires. Le nombre de professeurs doit être suffisant pour soutenir les missions d’enseignement, de recherche et de service.
- Développement, évaluation et bourses d’études du corps professoral : chaque faculté de médecine devrait définir des critères pour la nomination initiale, le maintien en poste et la promotion de toutes les catégories de membres du corps enseignant, ou les réviser s’ils existent déjà. Une évaluation régulière de la contribution de tous les membres du corps enseignant devrait être menée conformément à la politique et aux pratiques de l’établissement. Les établissements doivent proposer aux enseignants des programmes structurés de perfectionnement dans les domaines de l’enseignement, de l’évaluation, de la recherche, du leadership, du mentorat et de l’innovation pédagogique. Les enseignants doivent participer à l’évaluation et à l’amélioration continues du cursus.
- Culture universitaire et infrastructure de recherche : un environnement universitaire dynamique favorise la réflexion, l’innovation, la recherche interdisciplinaire et la collaboration. Les établissements doivent soutenir les infrastructures et réserver du temps aux travaux de recherche, aux activités de transfert de connaissances et à l’excellence pédagogique.
- Ressources et infrastructure : des ressources physiques, numériques, de simulation, cliniques, bibliothécaires et administratives suffisantes et à jour doivent être disponibles. L’infrastructure doit soutenir la mission éducative sur le plan de l’échelle et de la qualité. La mise en œuvre des normes éducatives mondiales devrait s’accompagner d’un soutien technique, d’un renforcement des capacités et d’une adaptation contextuelle aux environnements disposant de ressources limitées, dans le respect des principes universels de qualité et de sécurité des patients.
Financement
- Des modèles de financement durables et transparents sont nécessaires pour accompagner les établissements et les étudiants. Une collaboration entre les gouvernements, les associations médicales nationales, les autorités de régulation nationales, les organismes philanthropiques et les établissements d’enseignement s’impose. L’équité dans le soutien financier (bourses, subventions, prêts) est essentielle pour éviter les obstacles à l’accès ou les abandons.
Formation médicale post-universitaire
- Objet et champ d’application : la formation médicale post-universitaire, principalement la résidence et la formation à une spécialité médicale, doit succéder à la formation de base et préparer les médecins à une pratique généraliste ou spécialisée. Elle vise à consolider les compétences cliniques, le professionnalisme et les qualités de leadership.
- Conception et structure du programme : la formation médicale post-universitaire doit combiner un enseignement structuré, des soins cliniques supervisés, des activités académiques et une amélioration de la qualité. La formation doit se dérouler dans des environnements cliniques hautement performants qui alignent l’apprentissage et la formation sur les services et les soins.
- Équilibre, supervision et responsabilité : les programmes doivent préserver les médecins en formation postdoctorale d’une charge de travail excessive, leur permettre d’assumer progressivement des responsabilités, de se perfectionner sur le plan éducatif et de maintenir un équilibre avec leur bien-être personnel et social. Cela nécessite le respect de la réglementation nationale applicable au temps de travail ainsi que des normes relatives à la santé et à la sécurité au travail. Les médecins en formation post-universitaire se trouvent dans une situation structurellement vulnérable, car leur progression et leur certification dépendent de l’établissement de formation ; les canaux de signalement des conditions de travail ou de formation dangereuses doivent donc rester distincts de ces processus. La supervision doit être rigoureuse, les retours fréquents et l’évaluation continue.
- Évaluation, progression et certification : les systèmes d’évaluation doivent soutenir la prise de décision sur le déroulement de la formation. La certification dans le cas de pratiques généralistes ou spécialisées doit requérir l’acquisition démontrable de compétences spécialisées.
- Accréditation et contrôle qualité : Tous les programmes de troisième cycle devraient être soumis à une accréditation externe et à un contrôle qualité périodique, conformément aux normes internationales. Le respect de la réglementation nationale applicable au temps de travail et des normes de santé et de sécurité au travail régissant la formation clinique devrait constituer une condition préalable à l’accréditation.
Formation médicale continue (FMC) / Développement professionnel continu (DPC)
- Définition et champ d’application : la FMC/DPC englobe toutes les activités continues qui permettent de maintenir et d’améliorer les connaissances, les compétences, les attitudes et les relations professionnelles d’un médecin. Cela peut inclure l’enseignement, le leadership, la santé numérique / l’intelligence artificielle, la recherche et l’engagement communautaire.
- Principes pour FMC/DPC : la FMC/DPC doit s’appuyer sur des données probantes existantes, être accessible, centrée sur l’apprenant, exempte de tout intérêt commercial ou autre intérêt indu et réactive aux évolutions émergentes dans les domaines de la médecine et de la technologie, ainsi qu’aux besoins de la communauté / de la population.
- Responsabilité partagée : les sociétés médicales, les établissements universitaires, les hôpitaux, les organisations médicales et les gouvernements doivent collaborer afin de garantir un accès équitable à la FMC/DPC, à des programmes régionaux et à des mesures incitatives à la participation.
- Reconnaissance et responsabilité : les systèmes de reconnaissance, d’accréditation et de certification périodique de la FMC/DPC doivent être transparents et conformes aux normes universellement reconnues. La participation devrait être encouragée.
- Les dispositifs de FCM et de DPC devraient également être accessibles aux médecins exerçant dans de petits cabinets ou dans des zones rurales disposant de capacités limitées, et non pas uniquement aux médecins rattachés à de grands établissements ou au milieu universitaire.
RECOMMANDATIONS
- Comme elle le stipule dans sa Résolution sur les standards généraux WFME pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement médical, l’AMM reconnaît la nécessité et l’importance de normes mondiales solides pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement médical. L’AMM :
- soutient la direction de la WFME dans la poursuite du développement et de la mise en œuvre de normes mondiales pour la formation médicale, en consultation avec les parties prenantes concernées (associations médicales, facultés de médecine, stagiaires, organismes d’accréditation, ministères de la santé) ;
- demande une révision régulière des normes d’enseignement médical et d’accréditation, fondées sur l’examen des données probantes. En ce qui concerne la formation médicale continue (FMC) et la certification périodique après l’obtention du diplôme, les organismes médicaux compétents devraient prendre l’initiative, en concertation avec les parties prenantes concernées ;
- exhorte les parties prenantes concernées à veiller à ce que les politiques éducatives nationales et régionales soient conformes aux normes mondiales en matière de formation médicale, par le soutien aux adaptations nécessaires et le respect des principes fondamentaux ;
- demande que l’on soutienne les pays dont les ressources sont insuffisantes pour leur permettre de se conformer aux normes mondiales en matière de formation médicale. Ce soutien devrait notamment passer par la facilitation des échanges de connaissances, le renforcement des capacités et l’assistance technique ;
- défend avec force le droit des étudiants en médecine, des internes et des boursiers à bénéficier d’une formation clinique, d’une supervision et d’une évaluation assurées par des médecins, tout en reconnaissant la contribution des non-médecins à l’enseignement médical.
- L’AMM approuve la Déclaration de la WFME de 2025 sur la responsabilité des institutions de soutenir les étudiants en médecine, les médecins en formation post-universitaire et les médecins en exercice, qui préconise l’amélioration des conditions et des environnements d’apprentissage à chaque étape de la formation médicale et du développement professionnel, y compris pour les médecins âgés, conformément à sa Prise de position sur les médecins âgés.
Types des polices
Prise de position
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Étiquettes
Développement professionnel, Enseignement de la médecine, Etudiants, Faculté, Formation médicale
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