Histoire de l’AMM

L’histoire de l’AMM


Contexte et organisation préliminaire

Au cours de la seconde guerre mondiale, la BMA a été le point de ralliement des médecins de toutes les nations alliées qui s’y rencontraient de temps à autre pour débattre des problèmes de la pratique médicale et de la paix ainsi que pour comparer la situation des services médicaux et de la formation médicale dans leurs pays respectifs. En juillet 1945, se déroula à Londres une conférence informelle de médecins de plusieurs pays afin d’établir les bases d’une future organisation médicale internationale destinée à remplacer l'”Association Professionnelle Internationale des Médecins”, créée en 1926, qui avait, à son apogée, réuni plus de 23 pays et qui cessa ses activités au moment de la seconde guerre mondiale. Toujours dans cette optique, une deuxième conférence eut lieu à Londres en septembre 1946. Les associations médicales de 31 pays y furent conviées et 29 d’entre elles envoyèrent des représentants. Un Comité Organisateur fut nommé avec pour mission d’établir une constitution et un ordre du jour pour la Première Assemblée Générale. C’est au cours de cette rencontre qu’il fut décidé que cette organisation porterait le nom de “Association Médicale Mondiale” et qu’elle devrait élargir ses activités et le nombre de ses membres par rapport à la précédente Association Professionnelle Internationale des Médecins. Les dirigeants de l’APIM présents à la conférence donnèrent leur accord pour dissoudre l’APIM au bénéfice de l’AMM et transférèrent généreusement les fonds restants sur l’AMM.

Les membres du Comité Organisateur étaient :

  • Dr F. de Court, France
  • Dr Pierre Glorieux, Belgique
  • Dr Dag Knutson, Suède
  • Dr John A. Pridham, Grande Bretagne
  • Dr T. Clarence Routley, Canada (Président)
  • I. Shawki Bey, Egypte
  • Dr Lorenzo Garcia Tornel, Espagne
  • Dr A. Zahor, Tchécoslovaquie
  • Dr Louis H. Bauer, USA
  • Dr Elmer Henderson, USA
  • Trésorier 1946-1947 :
    Dr Otto Leuch, Suisse
  • Secrétaires associés 1946-1947
    Dr Charles Hill (Grande Bretagne) et Dr Paul Cibrie (France)

La seconde réunion du Comité Organisateur se déroula à Paris en novembre 1946. On progressa encore sur la Constitution et les statuts et il fut décidé d’inviter l’Association Médicale Américaine à désigner l’un de ses membres au Comité Organisateur. Dr Louis H. Bauer – le premier Secrétaire Général de l’AMM – fut nommé par l’AMA au Comité et Dr Elmer L. Anderson fut désigné comme suppléant.

Le projet final de la Constitution et des Statuts fut approuvé lors de la troisième réunion du Comité Organisateur à Londres en avril 1947. On projeta alors de tenir la Première Assemblée Générale à Paris en septembre 1947. Le projet prévoyait une cotisation de 20 centimes suisses par membre de l’association médicale nationale avec une inscription minimale de 1000 FS et maximale de 10.000 FS.

C’est en 1946, à Paris, qu’eut lieu la quatrième et dernière réunion du Comité Organisateur avant la convocation à l’Assemblée Générale (17-18 septembre 1947). La Constitution et les Statuts proposés furent adoptés le premier jour de l’Assemblée avec quelques amendements minimes. Cette rencontre fut ainsi la Première Assemblée Générale de l’AMM et 27 associations médicales nationales représentées devinrent les associations membres fondatrices.

Ces associations étaient :

  • Conseil Fédéral de la BMA en Australie
  • Osterreichische Arztekammer (Autriche)
  • Fédération Médicale Belge
  • Association Médicale Canadienne
  • Association Médicale Chinoise (écarté en 1952)
  • Ustredni Jednota Ceskych Lekaru (a cessé d’exister en 1948)
  • Den Almindelige Danske Laegeforening (Danemark)
  • Association Médicale de l’Eire (rebaptisé Association Médicale Irlandaise)
  • La Confédération des Syndicats Médicaux Français
  • Association Médicale Britannique
  • Association Médicale Panhellenique (Grèce)
  • Laeknafelga Islands (Islande)
  • Association Médicale Indienne
  • Association Médicale Juive de Palestine (devenue Association Médicale Israélienne en 1949)
  • Federazione Nazionale degli Ordini dei Medici d’Italia
  • Syndicats des Médecins du Grand Duché de Luxembourg
  • Koninklijke Nederlandsche Maatschappij tot Bevordering der Geneeskunst (Pays-Bas)
  • Den Norske Laegeforening (Norvège)
  • Association Médicale Arabe de Palestine (a cessé d’exister en 1949)
  • Naczelna Izby Lekarska (écarté en 1949)
  • Association Médicale d’
  • Colegio Oficial de Médicos de Espana
  • Sveriges Lakarforbund (Suède)
  • Fédération des Médecins Suisses
  • Chambre des médecins turcs (remplacé ensuite par l’Union des Médecins turcs)
  • Association Médicale Américaine

Le Pr  Dr Eugène Marquis, France, fut le premier Président de l’AMM, le Dr Jar. Stucklik, Tchécoslovaquie, fut nommé Président-Elu, le Dr  Otto Leuch, Suisse fut nommé Trésorier et le Dr  Charles Hill, Royaume Uni, fut élu Secrétaire Honoraire Temporaire. Le premier Conseil composé de 10 membres fut élu et l’Association Médicale Mondiale démarra alors véritablement.

La Constitution telle qu’elle fut adoptée permettait, en autres, aux associations médicales nationales de devenir membres de l’AMM et ces associations étaient totalement représentatives de la profession médicale dans leurs pays ou territoires mais une seule association membre par pays était autorisée. L’Assemblée Générale était investie d’une mission de contrôle général des politiques et des affaires de l’association et devait siéger chaque année dans un pays différent. Le corps exécutif, le Conseil, était chargé de gérer les affaires de l’association et de remettre chaque année un rapport à l’Assemblée. Ce Conseil se composait de trois dirigeants élus et de dix membres élus par l’Assemblée.

L’anglais, l’espagnol et le français furent déclarés langues officielles de l’association et un journal devait être édité et constituer l’organe officiel de l’AMM.

Afin de faciliter le soutien financier de la part de ses associations membres à une époque où le change de devises était limité par de nombreux gouvernements nationaux, on jugea que la Suisse et les Etats-Unis étaient les pays les plus avantageux pour y installer le siège de la nouvelle association. En 1948, le bureau exécutif, connu sous le nom de Conseil, établit le secrétariat de l’AMM à New York afin d’être à proximité des Nations Unies et de ses diverses agences. Le Dr Louis H. Bauer fut nommé Secrétaire Général. Le Secrétariat de l’AMM resta à New York jusqu’en 1974 quand, pour des motifs économiques et afin de travailler dans le voisinage des organisations internationales basées à Genève (OMS, ILO, ICN, ISSA etc.), il fut transféré à Ferney-Voltaire, France, son siège encore aujourd’hui.

En juillet 1964, l’AMM fut enregistrée comme organisation à but non lucratif pour l’éducation et la science sous les lois de l’Etat de New York, Etats-Unis. Cette reconnaissance établit les statuts juridiques et financiers de l’AMM aux Etats-Unis, avec des membres élus du Conseil constituant le Bureau des Dirigeants de l’AMM. Il fut également possible d’obtenir la non imposition des fonds reçus par l’AMM et une défiscalisation pour les donateurs des sommes versées. L’incorporation de l’AMM fut adoptée à la XIXème Assemblée Médicale Mondiale qui se tint à Londres, GB, en 1965.

La réunion annuelle des délégués devint en 1962 l’ “Assemblée Médicale Mondiale” à la suite de la révision de la Constitution et des Statuts lors de la XVIe Assemblée Générale.

Siège social de l’AMM depuis sa fondation jusqu’en 1974: NEW YORK, ETATS UNIS

De 1975 à ce jour : FERNEY-VOLTAIRE, FRANCE

L’AMM – une plateforme de création d’un consensus mondial sur l’éthique Médicale

Après la seconde guerre mondiale et juste après sa création, l’AMM se préoccupa de la situation de l’éthique médicale en général dans le monde entier. L’AMM endossa la responsabilité d’établir des directives éthiques pour les médecins dans le monde. Elle remarqua qu’à l’époque, la coutume des écoles de médecine de faire prêter serment par ses élèves médecins une fois diplômés ou de leur attribuer une autorisation de pratiquer la médecine n’était plus respectée ou   devenue une simple formalité. L’AMM a lors jugé souhaitable que les médecins fraîchement diplômés  prêtent serment lors de la cérémonie de remise du diplôme afin de les sensibiliser aux fondements  éthiques de la médecine et afin de faire progresser  les normes  de conduite professionnelle.

L’AMM fut alors amenée à nommer un comité d’étude pour préparer une “Charte Médicale” qui pourrait être adoptée sous forme de serment ou de promesse par chaque médecin du monde au moment où il recevrait son diplôme. A cet effet, on demanda aux associations membres de soumettre le texte du serment ou de la promesse à prononcer  par les médecins de leur pays respectifs au moment de la remise du diplôme. Il fallut deux années d’étude approfondie des serments et promesses soumises par les associations membres pour ébaucher  une rédaction modernisée de l’ancien serment d’Hippocrate dont une copie fut envoyée pour examen à la IIe Assemblée Générale à Genève en 1948. Le serment médical fut adopté et l’Assemblée se mit d’accord pour le baptiser “Déclaration de Genève”. Les associations membres furent invitées à en recommander l’usage aux écoles et facultés de médecine de leurs pays.

Un rapport sur les “Crimes de guerre et la Médecine” réceptionné  lors de la IIème Assemblée Générale décida le Conseil à nommer un autre Comité d’Etude pour préparer un Code International d’Ethique Médicale. Le projet fut soumis à la session semestrielle du Conseil en 1949. Le Conseil considérait que ce Code serait incomplet s’il n’y figurait pas la “Déclaration de Genève”. Ce fut fait et le projet amendé fut transmis aux délégués à la IIIe Assemblée Générale qui en débattit en détails article par article. Après quelques changements mineurs apportés par l’Assemblée Générale, le Code International d’Ethique Médicale fut adopté.

Avec l’adoption de ces deux documents, l’AMM était prête à s’attaquer à d’autres problèmes éthiques auxquels était confrontée la profession médicale. De 1949 à 1952, des violations de l’éthique médicale et des crimes commis par des médecins en temps de guerre furent dénoncés à l’AMM. On attira l’attention de l’AMM sur la nécessité de mettre en place des mesures de protection contre l’expérimentation sur les êtres humains. A la même époque, l’AMM fut mise au courant des diverses activités menées par des organisations incompétentes dans le domaine de l’éthique et de la législation médicales. Ces informations amenèrent le Conseil à créer un Comité permanent d’Ethique Médicale  (1952).

Depuis sa création en 1952, le Comité Permanent d’Ethique Médicale a effectué un travail considérable, en réceptionnant, étudiant, discutant, acceptant ou refusant des douzaines de dossiers relatifs à l’éthique portés à son attention. Certains ont été adoptés en tant que Déclarations ou Prises de position de l’AMM et la plupart   ont été actualisées en fonction des évolutions rapides de la science médicale. Certaines sont actuellement en cours d’étude et nul doute que d’autres suivront en temps voulu après une mûre réflexion si de nouvelles situations   l’exigent.

Ces documents ont tous été diffusés dans le monde entier et mis en pratique.  Du fait de ce qu’elle a accompli dans le domaine de l’éthique médicale, l’AMM a gagné le droit de se désigner voix internationale de la médecine organisée. L’éthique médicale n’est pas pour autant une simple question de déclarations ou de codes. L’AMM doit rester attentive à toute violation des codes et prête à réagir rapidement face à de telles violations. Ainsi l’AMM a apporté et continue d’assister et d’agir pour le compte des médecins que l’on empêche d’exercer dans un contexte éthique.