Prise de Position de l’AMM sur la Réduction du Fléau Mondial du Mercure


Adoptée par la 59e Assemblée Générale de l’AMM, Séoul, Corée, Octobre 2008
et réaffirmée avec une révision mineure par la 210e session du Conseil de l’AMM, Reykjavik, Islande, Octobre 2018

PRÉAMBULE

Le mercure est un métal lourd présent dans la nature et une puissante neurotoxine. L’exposition humaine au mercure passe le plus souvent par l’ingestion de méthylmercure présent dans des poissons contaminés, moins fréquemment par l’inhalation de vapeurs de mercure anorganique lorsque du mercure est renversé ou au cours d’un processus de fabrication.

Le mercure a été considéré comme l’élément idéal à utiliser dans les appareils médicaux de mesure de la température et de la pression. De fait, un grand hôpital peut facilement posséder plus de 45 kg de mercure contenu dans différents appareils situés dans divers locaux.

Les hôpitaux et les cliniques peuvent éviter les risques professionnels et environnementaux liés au mercure en utilisant des produits ne contenant pas de mercure. De grands établissements de santé dans le monde ont montré qu’il existait des produits alternatifs sûrs et efficaces, utilisables en toute sécurité dans la plupart des cas, comme des thermomètres électroniques, des appareils médicaux anéroïdes récemment calibrés et des batteries sans mercure.

Même si des motifs d’ordre professionnel et environnemental sont à la base de nombreuses décisions volontaires de remplacer le mercure, des considérations financières peuvent également achever de convaincre les hôpitaux de lancer un programme de remplacement du mercure. L’élimination des déchets dangereux, l’obligation de signaler toute fuite ou tout épanchement de mercure, la perturbation de services et la formation du personnel coûtent cher. Les coûts engendrés par l’élimination d’une contamination importante peuvent s’avérer beaucoup plus élevés que le passage à des solutions sans mercure.

En mettant en place une méthode de gestion optimisée pour l’utilisation du mercure, on pourrait peut-être éviter la prise de mesures de régulation plus draconiennes par les autorités. Ces mesures de régulation risqueraient de peser lourdement sur les établissements : certains pourraient ne pas être en mesure d’en assumer les coûts.

L’Association médicale mondiale rappelle sa déclaration sur la dégradation de l’environnement et pour une gestion avisée des produits chimiques, qui contient des recommandations en matière de sensibilisation et de renforcement des capacités à même de contribuer à la lutte contre ce fléau.

RECOMMANDATIONS

Les recommandations suivantes sont basées sur l’urgente nécessité de réduire à la fois la fourniture et la demande de mercure dans le secteur de la santé : 

Au niveau mondial

L’Association médicale mondiale et ses Membres constituants devraient :

  • plaider en faveur d’une coopération entre les Nations unies et les gouvernements pour la mise en œuvre des points clés du programme relatif au mercure du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui fournit un cadre pour réduire l’utilisation, la diffusion, le commerce et les risques liés au mercure ;
  • favoriser l’activité des partenariats existants.

Au niveau régional et national

Les associations médicales nationales devraient demander à leurs gouvernements de travailler à la réduction des risques liés au mercure dans l’environnement :

  • en réduisant la dépendance à l’extraction du mercure au bénéfice de sources de mercure sans risque pour l’environnement, comme le mercure recyclé ;
  • en développant des solutions et des plans scientifiquement fondés pour sécuriser le stockage à long terme des surplus de mercure ;
  • en invitant instamment les États membres à ratifier et à mettre en œuvre la Convention de Minamata sur le mercure, adoptée par les Nations unies en 2013 en vue de protéger la santé humaine et l’environnement contre les émissions anthropiques et les rejets de mercure et de composés mercuriels.
  • en encourageant la suppression du mercure dans le secteur de la santé ;
  • en concevant et en mettant en place des règlementations ou des obligations visant à réduire significativement les émissions de mercure provenant de la combustion du charbon et de la production de ciment, et en ayant recours à des contrôles spécifiques des émissions de mercure.

Au niveau local

Les médecins devraient :

  • étudier comment éliminer les produits à base de mercure dans leurs cabinets et leurs pratiques cliniques, y compris les thermomètres, les sphygmomanomètres, les tubes gastro-intestinaux, les piles, les lampes, les générateurs électriques, les thermostats, les jauges de pression et les autres réactifs et dispositifs de laboratoire ;
  • veiller à ce que les hôpitaux et les établissements de santé locaux aient un programme d’identification des sources de mercure sur le lieu de travail et de réduction de l’utilisation du mercure et une politique de gestion du mercure en matière de recyclage, d’élimination et de formation ;
  • encourager les hôpitaux et les établissements de santé locaux à supprimer les produits à base de mercure et à passer à des équivalents sans mercure ;
  • orienter les patients vers les conseils locaux et nationaux relatifs à la consommation de poisson conçus pour limiter l’exposition au mercure des enfants et des femmes en âge de procréer.
Prise de position