Prise de position de l’AMM sur la place des femmes dans la médecine


Adoptée par la 69ème Assemblée Générale de l’AMM à Reykjavik, Islande, octobre 2018

PREAMBULE

1.     L’AMM observe à travers le monde l’augmentation du nombre de femmes qui intègrent les facultés de médecine et la profession de médecin et estime que les études et la profession doivent être, dans une certaine mesure, transformées pour favoriser l’accès à la profession de médecin et son exercice pour toutes les personnes, quel que soit leur genre. Il s’agit là d’un processus de modernisation essentiel, dans lequel le souci de n’exclure personne passe par l’égalité des genres. La présente prise de position propose des mécanismes permettant d’identifier et de surmonter les obstacles qui produisent une discrimination entre les sexes.

2.     Dans de nombreux pays à travers le monde, le nombre de femmes qui étudient et qui pratiquent la médecine est en constante augmentation depuis plusieurs dizaines d’années et dépasse même souvent les 50 %.

3.     Cette évolution doit être soutenue par des mesures adéquates telles que :

  • Mettre davantage l’accent sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, tout en favorisant l’évolution professionnelle du ou de la médecin ;
  • Encourager les femmes à briguer des postes de direction, d’encadrement et des postes universitaires ;
  • Eliminer les disparités entre hommes et femmes en matière de perspectives de carrière et de rémunération, de même que les obstacles à l’avancement des médecins femmes.

4.     La question de la place des femmes dans la médecine a déjà été abordée dans la résolution de l’AMM sur l’accès à la santé des femmes et des enfants et sur le rôle des femmes dans la profession médicale qui appelait, entre autres, à une représentation et à une participation accrues des femmes dans la profession de médecin, notamment en raison de leur entrée croissante dans les facultés de médecine. L’AMM appelait en outre à accroître la proportion de femmes parmi les membres d’associations médicales nationales, via l’autonomisation, de meilleures perspectives de carrière, la formation et d’autres initiatives stratégiques.

RECOMMANDATIONS

Présence accrue des femmes à des postes de direction, d’encadrement et des postes universitaires.

5.     Les associations médicales nationales, les facultés de médecine et les employeurs sont instamment invités à faciliter la mise en œuvre de programmes de mentorat, de partenariats et d’une discrimination positive dans le recrutement afin d’offrir aux étudiantes en médecine et aux médecins femmes le soutien, l’aiguillage et les encouragements nécessaires pour occuper des postes de direction et d’encadrement.

6.     Il convient que les associations médicales nationales explorent les possibilités et les incitations qui pourraient encourager de manière égale les femmes et les hommes à poursuivre une carrière médicale non linéaire, à obtenir des postes d’enseignants-chercheurs et à décrocher des postes universitaires, de direction et d’encadrement.

7.     Les associations médicales nationales devraient faire pression pour une formation médicale et des politiques professionnelles égalitaires pour les femmes et les hommes.

8.     L’engagement égal des femmes comme des hommes dans des organisations actives dans l’élaboration de politiques de santé et des organisations professionnelles de médecins devrait être encouragé.

Meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée

9.     Les médecins sont invités à reconnaître qu’un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée bénéficie à tous les médecins, mais que les femmes peuvent être confrontées à des difficultés particulières dans ce domaine en raison des attentes sociales relatives au rôle selon le genre, attentes qui doivent être combattues pour corriger ce déséquilibre. Les employeurs dans le domaine des soins de santé peuvent démontrer leur leadership et contribuer à l’amélioration de la situation comme suit:

  • Garantir aux femmes en congé maternité l’accès à tous les droits et bénéfices qui leur sont dus ;
  • Mettre en place des mesures encourageant les hommes et les femmes à prendre un congé parental, afin que les femmes soient en mesure de poursuivre leurs carrières et les hommes de consacrer du temps de qualité à leurs familles.

10.  Il conviendrait que les hôpitaux et les autres établissements qui emploient des médecins fournissent et encouragent la prestation de services de crèche de haute qualité, abordables et flexibles pour les parents qui travaillent, y compris des services d’hébergement sur place si cela est nécessaire. Ces services devraient être à la disposition des médecins, hommes ou femmes, aux fins de reconnaître la nécessité d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Les employeurs devraient donner toutes les informations nécessaires sur les services disponibles permettant d’assurer un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

11.  Il conviendrait qu’au sein des hôpitaux et des autres établissements qui emploient des médecins, il soit possible de disposer d’horaires de travail flexibles et permettant de concilier travail et vie de famille, d’effectuer son internat ou d’occuper un poste à temps partiel, le cas échéant.

12.  Il est nécessaire d’accroître les recherches aux fins de parvenir à des calendriers de travail alternatifs et des possibilités de télécommunication qui permettraient une meilleure flexibilité et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

13.  Les associations médicales nationales devraient militer pour l’application et, lorsque cela est nécessaire, l’instauration de congés maternité et parentaux appropriés et convenablement rémunérés dans leur pays respectif.

14.  Les établissements employant des médecins et les organisations professionnelles devraient observer ou adopter des pratiques justes, impartiales et transparentes permettant de donner aux médecins femmes et aux étudiantes en médecine un accès à l’emploi et à une formation médicale initiale et continue égal à celui de leurs collègues masculins.

Grossesse et parentalité

15.  Il devrait être illégal pour un employeur de demander à des candidates ou à des candidats à un poste de travail des informations sur une éventuelle grossesse ou la planification familiale qu’elles ou ils envisagent.

16.  Il incombe aux employeurs d’évaluer les risques que présente leur travail pour les médecins enceintes et leur enfant à naître, pour les médecins qui viennent d’accoucher ou les médecins qui allaitent. Lorsqu’il s’avère ou qu’un médecin estime qu’une employée ou son enfant pourrait pâtir de la poursuite de ses obligations normales, il revient à l’employeur de proposer à celle-ci des tâches ou un poste de travail adaptés, sans modification de sa rémunération. Une médecin dans son troisième trimestre de grossesse devrait avoir le droit de ne pas travailler la nuit ni d’être d’astreinte sans que cela n’affecte ni son salaire ni sa carrière.

17.  Les médecins enceintes doivent disposer des mêmes possibilités de formation continue que les autres médecins.

18.  Les parents devraient pouvoir prendre un congé parental adéquat sans que cela n’affecte ni leur emploi, ni leur formation, ni leurs perspectives de carrière.

19.  Les parents devraient avoir le droit de reprendre leur ancien poste après leur congé parental sans craindre de perdre ce poste.

20.  Les employeurs et les organismes de formation devraient fournir l’appui nécessaire à tout médecin de retour après une période d’absence prolongée, y compris pour un congé maternité, parental ou un congé d’assistance à une personne âgée.

21.  Les mères devraient pouvoir allaiter ou réserver du temps pour pouvoir tirer leur lait pendant leurs horaires de travail, conformément aux directives de l’OMS.

22.  Les lieux de travail devraient comporter des locaux adéquats pour les femmes qui allaitent, y compris des lieux calmes, propres et privées, spécialement réservés à l’allaitement, le recours au tire-lait et la conservation du lait.

Changements de la culture organisationnelle

23.  La profession médicale, ainsi que les employeurs de médecins devraient s’efforcer d’éliminer la discrimination et le harcèlement fondés sur le genre et de créer des environnements plus favorables permettant des perspectives de formation, de carrière et d’avancement égales pour toutes et tous.

24.  Les hôpitaux et les autres établissements qui emploient des médecins devraient disposer d’une culture organisationnelle compatible avec une vie de famille.

Planification des effectifs et recherche

25.  Les gouvernements sont invités, dans le cadre d’une planification à long terme des effectifs, à tenir compte du nombre croissant de femmes qui embrassent la profession de médecin. Un effectif mixte est à la fois profitable au système et aux patients. Les organisations de soins de santé devraient s’assurer que leurs services disposent des ressources dont ils ont besoin et que toutes les personnes qui y travaillent peuvent dispenser des soins de qualité aux patients et sont adéquatement et équitablement rémunérées pour cela. Les gouvernements devraient travailler à corriger les attitudes et les comportements négatifs, les préjugés, les normes et les valeurs archaïques, tant de la part des personnes que des organisations.

26.  Les gouvernements devraient investir dans des recherches visant à identifier les facteurs qui poussent les femmes et les hommes à choisir certaines spécialisations plutôt que d’autres au début de leurs études et de leur formation médicales et qu’ils s’efforcent d’éliminer les obstacles qu’elles rencontrent afin de parvenir à une égale représentation des femmes et des hommes dans tous les domaines de la médecine.

27.  Les associations médicales nationales devraient encourager les gouvernements et les employeurs à assurer que les femmes et les hommes reçoivent, à travail égal, une rémunération égale et à combattre les écarts de salaire entre les hommes et les femmes dans le domaine médical.

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