Prise de position de l’AMM relative à l’utilisation thérapeutique du cannabis


Adoptée par la 68ème Assemblée Générale de l’AMM à Chicago, octobre 2017

PRÉAMBULE

1.      Le terme « cannabis » est un terme générique scientifique pour parler de préparations psychoactives de la plante cannabis sativa, qui pousse à l’état sauvage dans de nombreuses régions du monde et que l’on connaît sous bien d’autres noms tels que : « marijuana », « marie-jeanne », « weed », « beuh », « hashish » ou « chanvre ».

2.      Le cannabis médical fait référence à l’utilisation du cannabis et de ses constituents,, naturels ou de synthèse pour traiter les maladies ou soulager les symptômes, sous contrôle médical; il n’existe toutefois pas de définition consensuelle.

3.      Le cannabis récréatif fait référence à l’utilisation du cannabis dans le but de modifier l’état mental d’une personne au niveau de ses émotions, de ses perceptions et de ses sentiments à des fins récréatives.

4.      Cette prise de position de l’AMM vise à se prononcer sur la législation concernant le cannabis médical et à mettre en évidence les effets indésirables liés à son utilisation à des fins récréatives.

5.          L’utilisation du cannabis récréatif est une importante question sanitaire et sociale dans le monde entier. C’est la drogue illicite la plus fréquemment utilisée dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé estime que près de 147 millions de personnes soit 2,5% de la population mondiale consomment du cannabis alors que 0,2% consomment de la cocaïne et 0,2% des opiacés1.

6.      L’AMM s’oppose à l’utilisation du cannabis récréatif en raison de ses graves effets indésirables tels que le risque accru de psychose, d’accidents mortels de la route, de dépendance ainsi que de troubles d’apprentissage du langage oral, de la mémoire et de l’attention. L’utilisation du cannabis avant 18 ans multiplie par deux le risque de troubles psychotiques4. Partout dans le monde la disponibilité toujours plus grande du cannabis ou de ses dérivés dans les produits alimentaires tels que les sucreries et les « concentrés » qui attirent beaucoup les enfants et adolescents requiert une grande vigilance et une réglementation.

7.          Les associations médicales nationales devraient soutenir des stratégies de prévention et de réduction de l’utilisation du cannabis récréatif.

8.          Données scientifiques pour une utilisation thérapeutique du cannabis

8.1       Les cannabinoïdes sont des composants chimiques du Cannabis sativa qui contiennent des éléments structurels similaires ; certains d’entre eux agissent sur les cellules humaines réceptrices du cannabinoïde. Conceptuellement les cannabinoïdes activant ces récepteurs (1) existent naturellement dans le corps humain comme d’autres neurotransmetteurs endogènes ; (2) existent naturellement dans la plante de cannabis (phytocannabinoïdes) et (3) sont des préparations pharmaceutiques contenant soit des cannabinoïdes synthétiques (tel que Delta9-Tetrahydrocannabinol, [dronabinol, Marinol™] ou un composant apparenté, nabilone [Cesamet™] ou des extraits de phytocannabinoïdes (nabiximols [Sativex™]).

8.2       Parmi les phytocannabinoïdes trouve à l’état naturel le Cannabis sativa, delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), le principal cannabinoïde bioactif et le principal constituant psychoactif alors que le cannabidiol (CBD) est le second le plus abondant. CBD manque d’importantes propriétés psychoactives mais peut avoir des propriétés analgésiques et anticonvulsivantes.

8.3    Le système endocannabinoïde humain est censé être un médiateur des effets psychoactifs du cannabis. Il est impliqué dans divers processus physiologiques dont l’appétit, la sensation de douleur, l’humeur et la mémoire. Le fort potentiel thérapeutique sur le plan médical et pharmacologique du système endocannabinoïde a été largement reconnu.

8.4    Les bénéfices médicaux du cannabis signalés dans la littérature scientifique font l’objet d’un vaste débat sur le plan mondial. On a utilisé le cannabis pour traiter de graves spasticités dans de multiples scléroses, des douleurs chroniques, des nausées et vomissements dus à des produits cytotoxiques et des pertes d’appétit et une cachexie liées au SIDA. D’après les données, certains cannabinoïdes sembleraient efficaces pour traiter les douleurs chroniques, notamment en tant que solution alternative ou complémentaire à l’utilisation des opiacés là où l’on peut éviter le développement d’une tolérance aux opiacés et leur suppression. Les données en faveur d’une utilisation thérapeutique du cannabis sont pauvres ou peu nombreuses et ne vont pas toutes dans le même sens. On peut l’expliquer en partie par l’interdiction de l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques. Sa classification comme substance illégale dans de nombreux pays a limité la recherche clinique de haute qualité.

8.5    Les effets indésirables à court terme du cannabis médical sont bien documentés. Les effets indésirables à long terme sont en revanche moins bien compris, notamment le risque de dépendance et de maladies cardiovasculaires. Les effets du cannabis suscitent en outre des préoccupations au sujet des personnes vulnérables comme les adolescents et les femmes qui allaitent.

8.6    En dépit des faibles données scientifiques à l’appui de son intérêt médical, l’utilisation thérapeutique du cannabis a été légalisée dans plusieurs pays. Dans d’autres, l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques est interdit ou en débat.

9.      Les professionnels de la médecine peuvent se retrouver pris dans un dilemme médico-légal en tentant de trouver un équilibre entre leur responsabilité éthique vis-à-vis des patients pour lesquels le cannabis peut être un traitement efficace et leur respect de la législation locale. Ce dilemme peut se présenter à la fois avec des patients qui peuvent médicalement bénéficier de la prise de cannabis et ceux qui ne le peuvent pas, mais font pression sur le médecin pour s’en faire prescrire.

RECOMMANDATIONS

10.    Recherche sur le cannabis

10.1  À la lumière des faibles données scientifiques sur les effets et l’efficacité thérapeutiques du cannabis, il conviendrait de mener des recherches plus approfondies sur un échantillon plus important de personnes avant que les gouvernements ne puissent décider de légaliser l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques. Les critères de comparaison doivent intégrer les normes actuelles de traitement. Il convient que ces recherches accrues soient convenablement soutenues et qu’elles portent en outre sur les conséquences sociales, économiques et sur la santé publique du cannabis.

10.2  Les gouvernements devraient envisager de réformer les lois régissant l’achat et la possession de cannabis à des fins de recherche afin de permettre des études fiables et de recueillir davantage de données scientifiques sur les effets sanitaires et les bénéfices thérapeutiques du cannabis.

11.    Des les pays où l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques est légalisée, il conviendrait d’appliquer les règles suivantes :

11.1  Règles pour les producteurs et les produits :

11.1.1    La fourniture à des fins thérapeutiques de produits à base de la plante cannabis doit être conforme à la Convention unique des Nations unies sur les narcotiques du 30 mars 1961 dont les règles de la Convention sur la production, le négoce et la distribution. Il est ainsi essentiel que le cannabis présent dans les produits délivrés pour un usage thérapeutique soit fourni et manipulé conformément aux dispositions de la Convention.

11.1.2    Les dispositions doivent prévoir que les plantes de cannabis soient conformes à des exigences de qualité appropriées sur le plan de la culture et de la normalisation. Les produits dérivés du cannabis doivent avoir une indication spécifique (intervalle) des ingrédients y compris la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD) et bien préciser les indications.

11.2  Règles de prescription et de délivrance du cannabis à des fins thérapeutiques :

11.2.1    Le cannabis doit être prescrit à des fins thérapeutiques par un médecin/prescripteur autorisé conformément aux données scientifiques les plus pertinentes et à la législation du pays concernant les médicaments.

11.2.2    Il est recommandé de traiter les patients avec des médicaments classiques approuvés avant de recourir au cannabis.

11.2.3    Chaque médecin doit assumer la responsabilité de sa décision de traiter avec des produits dérivés du cannabis, conformément aux données les plus probantes disponibles et aux indications spécifiques énoncées dans le pays.

11.2.4    Le cannabis utilisé à des fins thérapeutiques ne doit être délivré qu’en pharmacie ou par des distributeurs agréés conformément à la législation du pays en matière de médicaments.

11.2.5    Des mesures de contrôle efficaces doivent être mises en place pour empêcher une utilisation illicite du cannabis prévu pour une utilisation thérapeutique.

11.2.6    Il est nécessaire de mettre en place des systèmes de surveillance afin d’effectuer un suivi de la prévalence de l’utilisation du cannabis et des tendances en la matière.

12.    Lors de l’examen des politiques et des législations concernant le cannabis, les gouvernements, les associations médicales nationales, les décideurs politiques et les autres parties concernées dans le domaine de la santé devraient mettre l’accent et évaluer les effets sur la santé et les bénéfices thérapeutiques sur la base tout en reconnaissant les divers facteurs contextuels tels que la capacité de régulation, le rapport coût/efficacité, les valeurs sociétales, la situation sociale du pays et l’impact de la santé publique sur la population dans son ensemble.

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