Déclaration de Chicago de l’AMM sur la qualité de la formation médicale


Adoptée par la 68ème Assemblée générale, Chicago, Etats-Unis, Octobre 2017

PRÉAMBULE

L’enseignement médical a pour objectif de préparer les praticiens à mettre à profit leurs dernières connaissances scientifiques pour promouvoir la santé, prévenir et soigner les maladies humaines ainsi que d’appliquer les normes éthiques gouvernant la pensée et la conduite des médecins. Tous les médecins ont une responsabilité vis-à-vis d’eux-mêmes, de la profession et de leurs patients qui est de préserver des normes exigeantes pour l’enseignement médical initial.

Des programmes d’assurance qualité bien planifiés et bien exécutés sont essentiels pour garantir que les facultés de médecine remplissent ces objectifs et attentes. La qualité de l’enseignement médical initial est très menacée. La capacité à fournir une formation de haut niveau peut être remise en cause par la disponibilité des infrastructures, des ressources cliniques, le niveau de préparation des facultés et les finances. De même l’évolution de l’enseignement médical initial dans le monde, l’augmentation rapide du nombre d’écoles de médecine dans certains pays sont sources d’inquiétude quant à la qualité des diplômes2. Un programme d’assurance qualité bien conçu permet aux écoles d’identifier et de corriger les conditions qui menacent la qualité de leur enseignement médical de base. De tels programmes doivent être mis en place dans toute la mesure du possible au sein des écoles de médecine dans le monde.

CONTEXTE

Les normes établies par et pour une faculté de médecine sont conçues afin de refléter les mesures que la faculté juge importantes du point de vue de la qualité. Les contrôles institutionnels utilisant de telles normes conçues en interne sont à même de garantir que les missions sont remplies et que les étudiants sont préparés à réaliser les objectifs fixés. L’existence d’un programme d’assurance qualité institutionnel utilisant ses propres critères et soutenu par du personnel compétent peut être important pour pérenniser la qualité du programme éducatif.

Les résultats seraient toutefois probablement meilleurs si l’on incluait également une deuxième dimension d’examen reposant sur une perspective externe. Un système d’assurance qualité national comporte l’utilisation de normes de qualité conçues et approuvées au niveau national ou régional. Évaluer une faculté de médecine en se basant sur ce que le pays ou la région attend de ses programmes d’enseignement médical amène à une préparation des étudiants d’un niveau supérieur et plus cohérent.

À moins que les facultés de médecine se conforment aux normes fixées par un système d’évaluation national, il n’y a aucune garantie que les écoles entreprennent une évaluation interne ou corrigent les problèmes nuisant à la qualité de l’enseignement. L’Association médicale mondiale (AMM) reconnaît l’importance de bonnes normes globales assurant la qualité de l’enseignement médical initial[1].

Un système d’agrément/accréditation est un mécanisme d’assurance qualité de plus en plus fréquent dans le monde. Les systèmes d’agrément/accréditation sont basés sur des normes de qualité éducative établies pour répondre aux besoins du pays et faisant appel à des procédures validées, fiables et largement reconnues pour évaluer la conformité des écoles à ces normes. Une fois déterminée la conformité aux normes, la coopération et la coordination entre les diverses parties intéressées au sein et à l’extérieur de la faculté de médecine sont requises pour appliquer des solutions aux problèmes identifiés.

PRINCIPES POUR LES SYSTÈMES D’ACCRÉDITATION

Un système d’accréditation analyse les programmes éducatifs ou les établissements à partir d’un ensemble prédéterminé (propre au pays) de procédures et de normes. Les systèmes d’accréditation existants dans le monde sont très diversifiés. Dans certains pays, l’accréditation des écoles de médecine existe depuis des décennies ; dans d’autres pays, l’accréditation est relativement nouvelle. Participer à une accréditation peut être un acte obligatoire ou volontaire de la part des écoles de médecine et les audits peuvent se dérouler à différents moments.

L’accréditation se définit comme l’évaluation de programmes éducatifs ou d’établissements reposant sur une série de normes claires et spécifiques. Les directives d’accréditation devraient s’énoncer comme des normes créées en ayant à l’esprit les besoins nationaux et avec la contribution des parties intéressées au sein du pays.

Un système d’accréditation devrait reposer sur certains principes généraux afin de valider les procédures et de fiabiliser les décisions relatives à la qualité des programmes. Ces principes incluent la transparence, l’absence de conflits d’intérêts, la fiabilité/cohérence. La transparence signifie que les normes et procédures d’accréditation sont connues et comprises par les écoles, les évaluateurs et les décideurs. Pour limiter les conflits d’intérêts potentiels, les évaluateurs et les décideurs ne devraient avoir avec l’établissement évalué ou d’autres institutions aucun lien susceptible de nuire à l’impartialité de leur jugement. La fiabilité/cohérence nécessite une compréhension identique de ce que signifie la conformité aux normes et autant que possible que cette compréhension soit bien appliquée au niveau des examens et des décisions dans les écoles.

Les normes d’accréditation peuvent être évaluées mais n’ont pas besoin d’être quantitatives. Les normes sont généralement conçues à la fois pour les processus et les résultats d’un programme d’enseignement médical. Des informations spécifiques devraient être identifiées pour évaluer la conformité. Par exemple, les normes relatives aux processus pourraient traiter des objectifs pour le cursus et sa structure ; les qualifications pour l’admission en faculté et la possibilité d’y enseigner ; la disponibilité des ressources en soutien du programme, y compris des finances adéquates, des compétences suffisantes et une infrastructure éducative appropriée pour les phases scientifiques et cliniques de la formation. Les résultats du programme d’enseignement sont alors évalués afin de vérifier si les diplômés sont bien préparés selon les objectifs de l’école.

Pour une efficacité maximale, les normes utilisées pour l’accréditation doivent être largement diffusées et parfaitement expliquées. Les écoles de médecine, les évaluateurs et les décideurs auront ainsi une même compréhension de leur signification et des attentes en matière de conformité. À des fins de compétence et de transparence les enseignants, les évaluateurs chargés de juger de la conformité des écoles de médecine avec les normes d’accréditation et les décideurs chargés d’accorder ou non l’accréditation requièrent une formation.

Les établissements auront atteint leur objectif lorsqu’ils auront assuré constamment la conformité aux normes d’accréditation et lorsque le suivi interne sera devenu une responsabilité officielle pour une ou plusieurs personnes de l’école de médecine ayant accès aux informations relatives à la qualité (par exemple aux résultats des enquêtes de satisfaction menées auprès des étudiants et aux performances des étudiants). Une analyse de quelques-unes ou de toutes les normes d’accréditation permet aux écoles de traiter les domaines à problèmes avant leur identification lors du contrôle officiel de l’accréditation et de garantir la haute qualité constante des programmes éducatifs.

Si un contrôle d’accréditation conclut à des améliorations à apporter dans certains domaines, l’école devrait le faire rapidement. L’organisme d’accréditation/agrément fixe normalement une période de suivi et à son échéance le programme éducatif devra être capable de démontrer les actions entreprises et les résultats obtenus. Pour les écoles de médecine/facultés, il peut s’avérer nécessaire de disposer de ressources financières, de consacrer du temps, des efforts et d’affecter des infrastructures pour apporter les corrections requises.

Afin d’aider les écoles à palier les manques, un soutien pourrait être fourni par le personnel de l’organisme d’accréditation ou d’autres personnes compétentes. Pour éviter les conflits d’intérêts, les conseillers ne devraient pas être impliqués dans le contrôle de l’accréditation ou dans la décision d’accorder ou non l’accréditation.

RESPONSABILITÉS DES GROUPES CONCERNÉS INTERNES OU EXTERNES AUX FACULTÉS DE MÉDECINE

La création d’un système d’accréditation répondant aux critères de validation et de fiabilité nécessite l’action d’une série de groupes intéressés tels que :

  • Les instances qui subventionnent les organismes d’accréditation (par ex. les gouvernements, les associations médicales) doivent s’assurer que l’organisme est correctement financé et doté de personnel suffisant pour accomplir sa mission. Les fonds peuvent provenir de partenaires et/ou de la capacité de l’organisme à s’autofinancer par les honoraires perçus. Dans certains pays ces organismes peuvent avoir besoin de fonds et de personnel supplémentaires pour faire face au nombre croissant d’écoles de médecine.
  • Les directeurs d’école devraient créer un environnement valorisant les actions en faveur de l’assurance qualité. Le corps enseignant devrait avoir du temps et être reconnu pour sa participation à l’évaluation des programmes et aux démarches en vue d’une accréditation. Les étudiants en médecine devraient être préparés et encouragés à donner leur avis sur tous les aspects relatifs au programme d’enseignement médical.

RECOMMANDATIONS

L’AMM apelle les associations médicales nationales (AMN) à encourager les facultés de médecine à développer des programmes d’assurance qualité en vue du contrôle de la qualité du programme de formation.

L’AMM appelle les AMN à soutenir et favoriser le développement permanent de systèmes nationaux et régionaux d’accréditation pour les facultés de médecine. Ces systèmes devraient être conçus et gérés par des médecins en collaboration avec des formateurs médicaux expérimentés et la contribution d’autres spécialistes dans le domaine.

L’AMM appelle les AMN à exhorter les décideurs publics et privés à assurer aux organismes d’accréditation des ressources adéquates pour leurs activités. Cela inclut un financement suffisant et cohérent pour soutenir les infrastructures et le personnel de l’organisme d’accréditation.

L’AMM recommande que les systèmes d’accréditation utilisent les normes du pays appliquées constamment par des évaluateurs formés et des décideurs lors du contrôle des facultés de médecine.

L’AMM encourage les AMN à plaider auprès des décideurs politiques pour que les écoles de médecine soient soumises à un système d’accréditation national.

L’AMM appelle les AMN à exhorter les organismes d’accréditation nationaux à participer à des contrôles externes de leurs politiques, pratiques et normes. Cela peut comporter une demande d’agrément de la Fédération mondiale pour l’enseignement de la médecine (WFME). Les organismes d’accréditation reconnus et les organisations similaires doivent créer un forum de discussion et de collaboration entre les organismes d’accréditation nationaux afin de partager les meilleures pratiques et les mécanismes permettant de surmonter les difficultés.

Les médecins doivent être encouragés à diriger et à participer activement à des activités liées à des démarches d’accréditation en tant qu’évaluateurs et décideurs, ainsi qu’à des activités relatives à l’assurance qualité dans leurs propres écoles.

Déclaration
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