Le nouveau président de l’AMM s’engage à protéger les médecins, à renforcer les soins de santé primaires et à définir des normes éthiques pour l’ère numérique
Le Dr Jung Yul Park, récemment investi à la Présidence de l’Association médicale mondiale (AMM), s’engage à suivre six grands orientations pour guider l’Association tout au long de son mandat. Celles-ci vont du renforcement des soins de santé primaires et de la protection de la prochaine génération de médecins à l’élaboration de directives éthiques concernant l’intelligence artificielle, en passant par le respect de la neutralité médicale.
S’exprimant lors de l’Assemblée générale de l’AMM à Rotterdam, aux Pays-Bas, le Dr Park a déclaré avoir accepté la présidence « avec un profond honneur et un immense sentiment de responsabilité ». Ce professeur au département de neurochirurgie de l’université de Corée depuis 1995 préside la commission des affaires internationales de l’Association médicale coréenne. Il occupe également le poste de président de l’Académie coréenne des sciences neurologiques et exerce plusieurs fonctions au sein de la Fédération mondiale pour l’éducation médicale. Il enseigne depuis plus de 20 ans la pédagogie médicale et les sciences humaines appliquées à la médecine, et s’est également consacré ces dernières années à l’enseignement de la médecine climatique.
D’après lui, si l’époque actuelle est marquée par des avancées médicales remarquables, elle est également le théâtre d’une crise sanitaire mondiale profonde. Il identifie quatre défis auxquels la profession est confrontée : l’aggravation des inégalités en matière de santé et l’effondrement des systèmes de santé essentiels, l’impact de la crise climatique sur la santé, l’épuisement professionnel des médecins et la sécurité au travail, sans oublier les enjeux éthiques liés à l’intelligence artificielle et à la santé numérique. Il qualifie la répartition inégale des vaccins, des médicaments essentiels et des ressources médicales de « défi moral majeur pour l’humanité ».
Il se montre tout aussi direct au sujet du bien-être des médecins : « Le burn-out n’est pas une faiblesse personnelle, mais une défaillance du système. » Il dénonce les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé dans les zones de conflit, qui se poursuivent « en violation flagrante du droit international ». Il ajoute que la détérioration des conditions de travail et l’exposition excessive aux risques juridiques poussent pléthore de médecins à quitter la profession.
Pour y répondre, le Dr Park s’engage à renforcer les soins de santé primaires et à promouvoir la collaboration entre les associations médicales nationales afin de combler le manque d’infrastructures à l’échelle mondiale.
Il s’engage à préserver l’autonomie professionnelle et à développer le mentorat, ainsi qu’à poursuivre la réforme des conditions de travail des jeunes médecins. Il entend également établir des directives éthiques centrées sur l’humain afin que la technologie vienne renforcer, et non remplacer, le rôle du médecin, et mettre en place, en collaboration avec les associations médicales nationales, des systèmes de santé préparés aux catastrophes et résilients face au changement climatique. Il s’engage à défendre le droit international humanitaire et la neutralité médicale. Enfin, il se dit prêt à ouvrir davantage l’AMM aux jeunes médecins, aux femmes exerçant la médecine et aux médecins issus des associations les plus petites et disposant de ressources limitées.
Il reconnaît que les membres ne seront pas toujours du même avis, affirmant que « ce n’est pas là une faiblesse de notre association ; c’est ce qui fait sa valeur et son caractère démocratique ». Mais, ajoute-t-il, « nous ne devons en aucun cas renoncer aux principes fondamentaux que sont la dignité humaine, les droits des patients, ainsi que l’autonomie et l’indépendance professionnelles ».
« Lorsque les générations futures se pencheront sur notre époque, qu’elles se souviennent de nous non pas seulement pour les fonctions que nous avons occupées, mais pour le nombre de vies que nous avons touchées, le nombre de médecins que nous avons protégés et la force de l’héritage que nous avons laissé dans le domaine des soins », conclut-il.
Dans son discours d’adieu, la Présidente sortante de l’AMM, la Dre Jacqueline Kitulu, première Kenyane et seulement deuxième femme africaine à occuper ce poste, revient sur une année marquée par trois engagements : la collaboration interrégionale, le mentorat et les soins de santé primaires. Elle souligne l’importance de la première Conférence africaine sur le leadership, qui s’est tenue à Livingstone, en Zambie, et qui a renforcé la Coalition des associations médicales nationales africaines (CANMA). Elle mentionne également un programme de mentorat structuré mis en place en collaboration avec l’Association médicale du Kenya. Constatant que seules six des 76 précédents Présidents de l’AMM étaient des femmes, elle appelle à des efforts plus ciblés pour donner aux femmes de talent la possibilité d’occuper des postes à responsabilité.
