L'AMM met en garde contre le fait de classer un anesthésiant essentiel dans la catégorie des médicaments réglementés


(06.03.2015) L’Association Médicale Mondiale exhorte ses 111 associations membres à faire pression auprès de leurs gouvernements et à s’opposer au classement de l’agent anesthésiant Kétamine dans la catégorie des médicaments réglementés.

La Commission des Nations Unies sur les narcotiques doit voter Vendredi prochain (13 mars) pour décider ou non de déclasser  la kétamine en raison des inquiétudes quant à son utilisation en tant que drogue douce illicite dans de nombreux pays. L’AMM met en garde sur le fait de passer la kétamine dans la catégorie des médicaments réglementés. En effet dans de nombreux pays pauvres cette réglementation empêcherait son utilisation en tant qu’antidouleur à court terme en chirurgie. C’est actuellement dans ces pays la seule substance disponible.

Dr. Xavier Deau, Président de l’AMM, a déclaré : « Nous comprenons que la Commission des NU sur les narcotiques s’inquiète de l’utilisation de la kétamine en tant que drogue douce. La décision qu’elle propose rendrait cependant le médicament indisponible et augmenterait la souffrance des personnes se trouvant dans un très mauvais état clinique.

« Nous savons par expérience avec les autres anesthésiants, notamment avec les médicaments anti-douleurs, que la  réglementation des médicaments est un bon moyen d’en prévenir l’utilisation et que les patients des pays pauvres, en particulier dans les zones rurales, ne peuvent  alors pas être traités avec  ces médicaments là. Cela va probablement aggraver encore l’absence d’anesthésiants  dans de nombreux centres de santé. »  

L’Organisation Mondiale de la Santé s’est vivement opposée au déclassement de la kétamine. L’AMM s’inquiète néanmoins de voir la Commission des NU passe outre cet avis. Elle a écrit à toutes ses Associations Médicales Nationales en leur demandant de contacter leurs gouvernements pour s’opposer à ce changement.

Pour l’AMM dit   les antidouleurs sont une composante majeure des soins. Elle défend  vigoureusement la mise à disposition de tels médicaments. Elle recommande de s’attaquer à l’usage illicite de la kétamine en renforçant les contrôles sur la disponibilité du médicament via les laboratoires pharmaceutiques  et en appliquant la législation sur la prescription des médicaments.

L’AMM a le soutien de l’Association Mondiale des Vétérinaires qui s’oppose aussi à ce changement. Aujourd'hui dans un communiqué de presse le président de la WVA, Dr. René Carlson, a déclaré : « La kétamine est essentielle en médecine vétérinaire car c’est le seul anesthésique injectable qui soit sûr et bien testé sur  toutes les espèces que le vétérinaire doit soigner. En font partie à la fois les grands animaux et les petits animaux domestiques, les animaux de compagnie des enfants et les animaux de laboratoire, les animaux de grande taille, sauvages et ceux des zoos ainsi que les oiseaux et les reptiles. Elle est utilisée avec sécurité par pratiquement tous les cabinets vétérinaires dans le monde. On l’a utilisée en toute sécurité comme médicament sur ordonnance.

« Le fait de classer  la kétamine dans un autre tableau la rendra moins disponible dans le monde ce qui nuira à la santé et au bien-être des animaux tout comme à la santé publique. Cela aura des conséquences économiques sur la production agricole ; cela portera préjudice aux efforts conjoints des professions médicale et vétérinaire pour le  contrôle de toute une série de maladies zoonotiques émergentes et ré-émergentes au sein de l’environnement humain-animal. Un certain nombre de ces maladies (par ex. Ebola) pourrait prendre la forme de pandémies, notamment celles avec un réservoir dans la vie sauvage; les vétérinaires pouvant injecter la kétamine au moyen d’un pistolet à fléchettes, elle contribue à la sécurité des professionnels lorsqu’un animal dangereux doit être approché. Sans la kétamine, des difficultés énormes sont à craindre pour la gestion de nombreux programmes en épidémiologie ou en médecine environnementale, par ex. prélèvement  sanguin et radiorepérage par collier émetteur. «