Prise de position de l’AMM sur les personnes transsexuelles


Adoptée par la 66ème Assemblée Générale de l'AMM, Moscou, Russie, Octobre 2015

PREAMBULE

Dans la majorité des cultures, le sexe d’une personne est déterminé le jour de sa naissance selon des caractéristiques physiques basiques. Les  personnes sont censées s’identifier au sexe tel que défini (identité sexuelle) et se comporter selon des normes culturelles spécifiques, grandement associées à leur expression sexuelle. L’identité sexuelle et l’expression sexuelle constituent le concept de « sexe » proprement dit.

Certaines personnes expérimentent  différentes manifestations de sexe non conformes à celles typiquement associées à leur sexe à la naissance (« transsexualité »). Le terme « transsexualité » se réfère aux personnes qui vivent une inadéquation de sexe que l’on définit comme un décalage entre le sexe d’une personne et le sexe qui lui a été attribué à la naissance.

Tout en concédant qu’il s’agit d’une question éthique complexe, l’AMM aimerait souligner le rôle crucial joué par les médecins qui conseillent et consultent les personnes transsexuelles et leurs familles sur les traitements désirés. L’AMM souhaite que cette prise de position serve  de guide dans le cadre des relations patient – médecin et à promouvoir une meilleure formation afin que les médecins aient des connaissances plus complètes sur  la transsexualité, qu’ils soient davantage sensibilisés aux personnes transsexuelles et aux questions de santé les concernent spécifiquement.

La  transsexualité peut se vivre sous plusieurs formes. Certaines  personnes tout en ayant un sexe bien identifiable anatomiquement, cherchent  à modifier totalement  leurs caractéristiques sexuelles primaires et secondaires et leur rôle sexuel  afin de vivre comme une personne du sexe opposé (transsexualité). D’autres personnes choisissent de s’identifier sexuellement autrement que sur un mode binaire mâle ou femelle (« genderqueer »). Le terme générique « transsexuel » est une tentative de décrire ces groupes sans stigmatisation ou caractérisation pathologique.  On l’utilise aussi  dans le but d’une auto-identification positive. Cette prise de position ne traite pas explicitement des individus qui s’habillent seulement  dans un style ou d’une façon traditionnellement associée au sexe opposé (par ex. les travestis) ou des individus  nés avec des attributs physiques des deux sexes très variés  (intersexualité). Il y a cependant des travestis et des individus intersexes qui s’identifient comme étant des transsexuels. Etre travesti ou intersexe n’exclut pas le fait de pouvoir aussi être transsexuel.  Il est important de  souligner que la transsexualité fait référence à l’identité sexuelle et doit être considérée distinctement de l’orientation sexuelle d’une personne.

Même si la transsexualité n'implique pas des troubles mentaux, les transsexuels peuvent avoir besoin de conseils pour mieux  comprendre leur sexe et  faire face aux questions sociales et relationnelles complexes apparentées. Le   manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux de l’Association Américaine de Psychiatrie (DSM-5) utilise le terme « dysphorie sexuelle » pour identifier  les gens qui vivent cliniquement des situations de détresse grave consécutives à leur inadéquation sexuelle.  

Les preuves suggèrent qu’un traitement à base d’hormones sexuelles ou une  intervention  chirurgicale  peuvent être bénéfiques aux personnes  souffrant d’une dysphorie sexuelle prononcée et durable et qui cherchent à changer de sexe. Les transsexuelles se voient cependant souvent refuser l’accès à des soins adéquats (par ex. hormones, chirurgies, soins psychiques) en raison, entre autres, de la politique des compagnies  d’assurance, du régime de prestations   de la sécurité sociale nationale ou d’un manque de compétences cliniques et culturelles des prestataires de soins. Les personnes transsexuelles risquent davantage de renoncer aux soins de santé par crainte d’une discrimination.

Professionnellement et socialement, les transsexuels sont souvent désavantagés et subissent une discrimination directe ou indirecte ainsi qu’une violence physique. En plus de se voir refuser les mêmes droits civils, la législation sur la discrimination qui protège les autres groupes minoritaires peut parfois ne  pas inclure les transsexuels. Vivre les désavantages et la discrimination peut avoir un impact négatif sur la santé physique et mentale.   

RECOMMANDATIONS

  1. L’AMM souligne le fait que chacun a le droit de déterminer son propre sexe et reconnaît la diversité des possibilités dans ce domaine. L’AMM demande aux médecins de respecter le droit de toute personne à l’auto identification en matière de sexe.
  2. L’AMM affirme que l’inadéquation sexuelle n’est pas en soi un maladie mentale ; elle peut toutefois mener à un inconfort ou à une détresse que l’on désigne sous le terme dysphorie sexuelle (DSM-5).
  3. L’AMM affirme qu’en général toute procédure ou traitement médical lié à la transsexualité d’une personne, par ex. interventions chirurgicales, thérapie hormonale ou psychothérapie, requiert le libre consentement éclairé et explicite du patient.
  4. L’AMM demande instamment à ce que tout soit tenté pour mettre en place des soins personnalisés, pluridisciplinaires et interdisciplinaires des personnes transsexuelles  (y compris des thérapies par  la parole, des traitements hormonaux, des interventions chirurgicales et des soins psychiques) et qu’ils soient accessibles à tous ceux vivant une  inadéquation sexuelle afin de réduire ou de prévenir une dysphorie sexuelle prononcée.
  5. L’AMM rejette clairement toute forme de traitement coercitif ou de modification forcée du comportement. Les soins des transsexuels visent à permettre à ces personnes d’avoir la meilleure qualité de vie possible. Les Associations Médicales Nationales devraient agir dans leurs pays afin d’identifier et combattre les obstacles aux soins.
  6. L’AMM demande la mise en place de formations spécialisées pour les médecins à tous les stades de leur carrière afin de leur permettre d’identifier et d’éviter toute pratique discriminatoire et de fournir  des soins appropriés et empreints de sensibilité.
  7. L’AMM condamne toutes les formes de discrimination, de stigmatisation et de violence contre les personnes transsexuelles et demande des mesures juridiques appropriées pour protéger leurs droits civiques. En tant que modèles, les médecins devraient mettre à profit leurs connaissances médicales pour lutter contre les préjudices dans ce domaine.  
  8. L’AMM réaffirme qu'aucune personne, quel que soit son sexe, son ethnie, son statut socio-économique, sa maladie ou handicap, devrait être soumise ou contrainte à une stérilisation durable (prise de position de l’AMM sur la stérilisation forcée et contrainte). Cela concerne  également la stérilisation comme condition à remplir pour corriger le sexe enregistré sur les documents officiels suite à un changement de sexe.
  9. L’AMM recommande que les gouvernements maintiennent une vigilance en matière de droits aux soins de santé des personnes transsexuelles, en menant des recherches sur les services de santé  au niveau national et en utilisant les résultats pour établir des politiques sanitaires et médicales. L’objectif devrait être d’avoir un système  de santé réactif travaillant avec les personnes transsexuelles afin d’identifier pour elles les meilleures options thérapeutiques.