Déclaration de l'AMM sur la Sécurité Routière et l'Alcool


Adoptée par la 44e Assemblée Médicale Mondiale Marbella, Espagne, Septembre 1992 et
révisée par la 57e Assemblée Générale de l'AMM, Pilanesberg, Afrique du Sud, Octobre 2006
et par la 67e Assemblée Générale de l'AMM, Taipei, Taiwan, Octobre 2016 

INTRODUCTION

Les morts et blessés des accidents de la route constituent un problème majeur de santé publique. Le rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde de l’Organisation Mondiale de la Santé pour 2015 indique que le total des morts causés par des accidents de la route atteint 1,25 million dans le monde. Le taux le plus élevé est celui des pays à faibles revenus.
 
La conduite en état d'ébriété a provoqué un grand nombre des morts et de blessés lié aux accidents de la route. 
 
La modification des comportements sur la route en matière de consommation d'alcool serait l'approche la plus prometteuse pour prévenir les morts et les blessés de la route. Les mesures interdisant la conduite en état d'ébriété permettront d'améliorer considérablement la sécurité routière et de réduire sensiblement le nombre de victimes et de blessés

CONSEQUENCES DE L’ALCOOL AU VOLANT

La conduite d'un véhicule implique l'acceptation d'un certain nombre de risques. L'automobiliste prudent sera toujours conscient des risques tout en veillant à ce que le niveau de risques ne dépasse jamais un niveau inacceptable. L'alcool non seulement altère la capacité de conduire mais perturbe également l’évaluation subjective des risqué par le conducteur  qui de ce fait conduit moins prudemment.

Quelle que soit la quantité d'alcool consommée la concentration maximale dans l'organisme est atteinte :

  • Au bout d’une demi heure lorsque l’estomac est vide
  • Au bout d’une heure lorsque l’alcool est consommé avec un repas.

Par ailleurs, il faut beaucoup de temps pour éliminer l'alcool. Un sujet en bonne santé élimine l'alcool à un rythme réduisant  la concentration d'alcool dans le sang  de 0,1 à 0,15 g/litre/heure.  La capacité à conduire demeure donc moindre bien après avoir cessé de boire.
 
L’abus d’alcool a des conséquences neurologiques et psychiatriques à court et long terme qui mettent en péril la sécurité routière.

Certains médicaments font mauvais ménage avec l'alcool. Certaines associations notamment sont connues pour réduire la vigilance.   Lorsque l'on mélange des drogues, licites ou illicites, à de l'alcool, l'effet de l'alcool est amplifié. Ce mélange peut provoquer des dysfonctionnements mentaux extrêmement dangereux pour les usagers de la route. Les médecins devraient être éduqués et informés de ces faits pharmacologiques.

RECOMMANDATIONS

  1. L’AMM réaffirme son engagement à œuvrer pour limiter la consommation excessive d’alcool et à  encourager des politiques et d’autres mesures visant à limiter les dommages (Déclaration sur l’alcool de l’AMM, octobre 2015.).
     
  2. Les médecins et les Associations Médicales Nationales devraient promouvoir et plaider activement pour la mise en place de politiques gouvernementales basées sur la preuve afin de réduire l’alcool au volant :

    Actions politiques
     
  3. A l'heure actuelle, le taux d'alcoolémie autorisé varie d'un pays à l'autre. Même de faibles quantités d’alcool agissent directement sur le cerveau, des troubles étant observés à des niveaux aussi peu élevés que 0.3 grammes par litre.  Il serait donc souhaitable  d’abaisser le taux  maximal autorisé d'alcool dans le sang à 0,5 gramme par litre, un taux suffisamment bas pour permettre au conducteur moyen de conserver sa capacité à évaluer les risques. 
     
  4. La prévalence particulièrement élevée dans certains pays de conducteurs sous l’emprise de l’alcool peut justifier des politiques coercitives que les médecins et les Associations Médicales Nationales devraient soutenir activement. Par exemple le conducteur peut être jugé inapte à la conduite pendant un certain temps suffisamment long pour s’assurer qu’il ne sera plus  une menace pour la sécurité routière à l’avenir.
     
  5. Les responsables gouvernementaux devraient réfléchir à l’instauration de restrictions sur la vente ou la disponibilité de l’alcool, peut-être par des taxes, des systèmes d’agrément et/ou des limites sur les jours et heures de vente. Des restrictions visant la promotion des boissons alcoolisées, y compris la publicité et le sponsoring de manifestations, devraient être également étudiées.
     
  6. Un âge légal minimum pour l’achat et la consommation d’alcool devrait être appliqué dans tous les pays. Les dirigeants gouvernementaux devraient envisager d’appliquer une loi spécifique pour les jeunes conducteurs basée sur un taux d’alcool dans le sang faible ou ramené à zéro.
     
  7. Des mesures strictes devraient être appliquées pour la vente de boissons alcoolisées à des personnes n’ayant pas l’âge d’acheter et de consommer de l’alcool. Ces mesures devraient être correctement mises en pratique.
     
  8. Tout conducteur ayant subi un accident de la route doit subir un test d’alcoolémie  portant sur l’alcool dans le sang ou  dans l'air expiré.
     
  9. La pratique des contrôles d’alcoolémie au hasard devrait se généraliser et il serait bien de  rechercher d'autres moyens de tester l'urine, le souffle et la salive afin d'identifier les conducteurs à risques et prévenir ainsi la conduite ultérieure d'un véhicule.
     
  10. Les dispositifs empêchant des personnes dont le taux d’alcool est trop élevé à démarrer leur moteur ou à conduire un  véhicule devraient être mis au point et expérimentés.

     Actions éducatives
     
  11. Les dispositifs empêchant des personnes dont le taux d’alcool est trop élevé à démarrer leur moteur ou à conduire un  véhicule devraient être mis au point et expérimentés.
     
  12. Les actions éducatives devraient promouvoir la modération et la responsabilité de  ceux qui consomment de l'alcool et tenter de réduire les probabilités de voir les consommateurs d'alcool prendre ensuite le volant.
     
  13. Les informations fournies par les médecins et autres professionnels de santé devraient viser à faire prendre conscience à chacun des dangers de l’alcool au volant.   Lorsque les médecins et les autres professionnels de santé délivrent des certificats d’aptitude à la conduite, ils peuvent profiter de l’occasion pour éduquer les usagers de la route et passer un message sur la prévention et la responsabilité personnelle.
     
  14. Dans la plupart des pays, les accidents de la route liés à l’alcool concernent les adolescents et les jeunes adultes à un degré démesurément élevé. Il faudrait mobilier toutes les ressources disponibles pour réduire leur consommation d’alcool. Ce problème d’alcool chez les adolescents et les jeunes adultes et son lien avec la sécurité routière devraient figurer dans les programmes scolaires afin qu’une attitude responsable soit la norme.

    Actions cliniques et rééducatives
     
  15. Les médecins devraient également être impliqués à limiter les risques de conduite perturbée en participant à la désintoxication et à la réhabilitation des conducteurs ivres. Ces initiatives devraient se baser sur une analyse approfondie du problème tel qu’il se présente dans chaque pays ou culture. Globalement, l’alcoolisme demeure cependant une maladie concomitante à des difficultés psychologiques ou sociales affectant la famille, le travail ou l’environnement social.
     
  16. Il faudrait donner  aux sujets alcooliques l’accès à des services de réhabilitation. En présence de conducteurs ayant trop d’alcool dans le sang (ou dans l’air expiré), il faudrait étudier d’autres facteurs liés à leur alcoolisme et les intégrer à un programme de réhabilitation. Ces programmes devraient être financés par des fonds publics.
     
  17. Les accidents de la route liés à la consommation d’alcool peuvent être vus comme des signes d’autres comportements addictifs ou violents. Il faudrait en tenir compte dans le traitement médical du patient.
     
    Actions communautaires
     
  18. Des intervenants compétents devraient mettre au point des stratégies   afin d'assurer un retour au domicile sans risque en cas d’alcool  consommé.
     
  19. L'objectif des politiques institutionnelles devrait être  de supprimer l'alcool sur le lieu de travail et dans des situations où les consommateurs sont obligés de prendre le  volant. La promotion des boissons non alcoolisées est un moyen important de faciliter ces politiques.