Prise de position de l'AMM sur les traitements esthétiques


Adoptée par la 25ème Assemblée générale, Durban, Afrique du Sud, octobre 2014

PREAMBULE

Les traitements esthétiques sont de plus  en plus fréquents depuis quelques années car la société est davantage préoccupée par  l’apparence physique. Ces traitements sont réalisés par des praticiens dont l’expérience clinique et la formation varient amplement.

Cette prise de position considère le traitement esthétique comme une intervention ne s’inscrivant pas dans le cadre des soins de santé classiques visant à soigner une blessure, une maladie ou une déformation. Le traitement esthétique a pour unique objectif d’embellir ou de modifier l’apparence physique de la personne concernée. Cette prise de position fait référence au patient pour parler de la personne à laquelle s’applique le traitement.   Les traitements proposés sont très variés et vont des procédures chirurgicales aux injections et diverses formes de traitements cutanés. Cette prise de position porte sur les interventions qui sur le plan méthodologique sont proches ou similaires à celles pratiquées dans le cadre des soins de santé. Le tatouage, la scarification et les interventions similaires ne sont donc pas pris en considération dans cette prise de position.

L’image du corps a un impact sur  l’estime de soi et sur la santé mentale. Elle est une composante à part entière de la santé générale et du bien-être d’une personne.  Les images véhiculées par les media de « cors parfaits » sont toutefois devenues la norme ce qui amène certaines personnes à se faire  une image irréaliste et malsaine  du corps.

De nombreux traitements esthétiques s’accompagnent de risques et peuvent nuire à la santé du patient. Les mineurs* sont particulièrement vulnérables car leur corps  n’est souvent pas totalement formé. Afin de protéger les personnes  envisageant ou subissant un traitement esthétique, l’AMM a établi les principes de base suivants concernant les traitements esthétiques.

Réaffirmant les principes de l’éthique médicale énoncés dans la Déclaration de Genève de l’AMM, la Déclaration de Lisbonne de l’AMM sur les droits du patient et le Code International d’Ethique Médicale de l’AMM et conformément au mandat de l’AMM, cette prise  de position s’adresse principalement aux médecins. L’AMM encourage cependant d’autres praticiens réalisant des traitements esthétiques à adopter ces principes. 

PRINCIPES

  1. La dignité, l’intégrité du patient et la confidentialité doivent toujours être respectées.
  2. Les médecins ont un rôle à jouer pour aider à identifier les images malsaines du corps et pour aborder et traiter les troubles lorsqu'ils existent.
  3. Les traitements esthétiques doivent être pratiqués uniquement par des praticiens avec suffisamment de connaissances, compétences et expériences dans leur domaine d’intervention.
  4. Tous les praticiens assurant des traitements esthétiques doivent être inscrits et/ou agréés auprès des autorités de régulation appropriées. Idéalement, le praticien devrait aussi être autorisé par ces autorités à effectuer ces traitements esthétiques spécifiques.
  5. Tous les traitements esthétiques doivent être précédés d’un examen approfondi du patient. Le praticien devrait étudier tous les éléments, physiques et psychologiques, susceptibles d’augmenter les risques de préjudice pour le patient et devrait refuser de pratiquer un traitement si le risque est inacceptable. C'est notamment  opportun  dans le cas des mineurs. Les praticiens devraient toujours choisir la solution thérapeutique la plus appropriée plutôt que la plus lucrative.
  6. Des mineurs peuvent avoir besoin ou bénéficier d'une chirurgie plastique mais les procédures esthétiques pures ne devraient pas être effectuées sur des mineurs. Si, dans des cas exceptionnels, le traitement esthétique est réalisé sur un mineur, il devrait l’être uniquement avec une attention et un soin spécifiques et uniquement s’il vise à éviter une dévalorisation physique de la personne, non pas une survalorisation de cette personne. Il faut prendre en compte tous les facteurs médicaux comme par exemple le fait que le mineur n’a pas achevé sa croissance ou que le traitement devra être renouvelé ultérieurement.  
  7. Le patient doit donner un consentement explicite à tout traitement esthétique, de préférence par écrit. Avant de rechercher le consentement, le praticien devrait informer le patient de tous les aspects du traitement y compris la manière dont la procédure est réalisée, les risques possibles et le fait que bon nombre de ces traitements peuvent être irréversibles. Le patient devrait avoir suffisamment de temps avant le traitement pour étudier les informations reçues. Lorsque le patient demandant à être traité est mineur, il faudrait obtenir le consentement éclairé de ses parents ou de ses représentants légaux    
  8. Tous les traitements esthétiques devraient être soigneusement documentés par le praticien.  La documentation devrait inclure une description détaillée du traitement pratiqué, des informations sur la médication mise en place et le cas échéant de tous les autres aspects du traitement.
  9. Les traitements esthétiques doivent être effectués uniquement dans de strictes conditions d’hygiène et de sécurité médicale au sein des locaux, avec un personnel et un équipement suffisants.  Il doit y avoir un équipement pour traiter les réactions allergiques potentiellement mortelles et d’autres complications possibles.
  10. La publicité et le marketing des traitements esthétiques devraient être raisonnables et ne pas promettre des résultats irréalistes.  Des photographies irréalistes ou corrigées montrant des patients avant et après le traitement ne doivent pas être utilisées à des fins publicitaires.  
  11. La publicité et le marketing des traitements esthétiques ne devraient jamais cibler les mineurs.
  12. Les praticiens ne devraient jamais proposer ou faire la promotion d’un prêt d’argent pour le règlement du traitement esthétique. 

*: Dans cette prise de position, le terme "mineur" est défini comme une personne qui - selon la législation nationale en vigueur - n'est pas un adulte.