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Adoptée par l'Assemblée
générale de l'AMM, Helsinki 2003
- INTRODUCTION
- En l'an 2000, le nombre des victimes de la violence s'élevait
à 1.6 million de personnes, ce qui signifie que chaque
jour 4.000 personnes meurent de mort violente dans le monde.
Les causes de ces décès sont le suicide, pour
la moitié des cas, l'homicide pour un tiers des cas
et des actes de violence en rapport avec des situations
de conflit pour la part restante. Or, il ne s'agit là
que de la partie émergée de l'iceberg - les
données disponibles proviennent généralement
des pays à haut revenu disposant de systèmes
de signalement reconnus mais on sait par ailleurs que les
formes de violence sont plus nombreuses dans les pays à
bas revenus qui ne communiquent pas forcément leurs
données à l'Organisation mondiale de la santé.
Outre les problèmes potentiels de collecte de données,
il existe différentes formes de violence telles la
maltraitance infantile, les actes de violence entre partenaires
proches, les mauvais traitements des personnes âgées,
pour n'en citer que quelques-unes, qui sont systématiquement
passées sous silence, par peur ou par honte ou encore
pour des raisons d'ordre culturel.
- On estime que pour chaque jeune personne tuée
par homicide, au moins de 20 à 40 reçoivent
un traitement hospitalier pour des blessures en rapport
avec des actes de violence. Une femme sur cinq et entre
5% et 10% des hommes déclarent avoir subi des sévices
sexuels dans leur enfance. Des études, effectuées
sur la base d'une population internationale, montrent qu'entre
10% et 69% des femmes déclarent une agression physique
par un partenaire proche. Outre les conséquences
directes des préjudices engendrés, les effets
de la violence sur la santé sont multiples, notamment
des problèmes de santé mentale et reproductive,
des maladies sexuellement transmissibles et autres. Les
effets de la violence sur la santé peuvent durer
des années, notamment sous la forme d'incapacité
mentale ou physique permanente. Du point de vue sociétal,
le coût économique de la violence est considérable,
le coût des seuls services de santé représente
5% du PNB dans certains pays.
- La violence n'est pas le fait d'un seul facteur, au niveau
de la communauté comme de l'individu. Elle résulte
de la combinaison complexe d'éléments qui
concernent l'individu, les relations, la communauté,
la société et la politique.
- En 1996, l'Assemblée mondiale de la santé
adoptait la résolution WHA49.25 qui déclarait
la violence, priorité de santé publique dans
le monde. Un an plus tard, était adoptée la
résolution WHA50.19 qui approuvait le plan de mesures
intégrées de l'Organisation mondiale de la
santé pour une approche de santé publique
scientifiquement fondée de la prévention de
la violence et invitait à poursuivre les travaux
dans ce domaine.
- PARTICIPATION DE LA COMMUNAUTE MEDICALE INTERNATIONALE
- Sans tenir compte des divers facteurs qui engendrent la
violence, toutes les formes de violence ont un dénominateur
commun : ses effets sur la santé sollicitent directement
la communauté médicale. Les médecins
peuvent être victimes de la violence sur leur lieu
de travail ou autre environnement. Dans certains cas, ils
peuvent être impliqués dans la perpétration
d'actes violence ou d'abus. Quelle que soit leur discipline,
ils traitent aussi les victimes de la violence au quotidien.
Ils décident de l'envoi d'un patient à un
confrère et de la coordination des soins entre les
différents secteurs de santé et spécialités,
ils planifient les soins et le suivi sur le long terme des
incapacités et dans certaines structures, ils participent,
en tant que profession, à la prévention de
la violence. Qu'il s'agisse d'un pédiatre examinant
un enfant pour savoir s'il est victime de mauvais traitements,
d'un urgentiste ou d'un chirurgien soignant une victime
de fusillade, d'un psychiatre traitant les effets psychosociaux
de la violence entre partenaires proches ou dans le cadre
de tout autre rencontre éventuelle, il est manifeste
que la profession médicale, plus que tout autre,
joue un rôle absolument fondamental dans les réponses
apportées aux effets de la violence sur la santé.
- Les réponses de la communauté médicale
sont multiples et dépendront, autant que les autres
facteurs en présence, des circonstances particulières
du contexte. Dans certaines structures, l'organisation de
collectes de données présente un grand intérêt
et les médecins peuvent être les seuls à
pouvoir faire pression sur les systèmes de santé
pour qu'ils intègrent systématiquement les
données relatives aux préjudices causés
par des actes de violence. Dans d'autres structures, plus
fortement organisées, les cliniciens et les praticiens
de santé publique peuvent jouer un rôle essentiel
dans la promotion et la conduite d'études sur la
prévention ou un aspect particulier de la violence.
La communication de ces bases de données aux responsables
politiques de manière appropriée et opportune
peut contribuer à favoriser l'élaboration
de politiques sur la réduction de la violence sur
la base de preuves manifestes.
- RECOMMANDATIONS
Les associations médicales nationales sont invitées
à contribuer au développement de méthodes
d'approche plus structurées pour traiter le problème
de la violence, notamment:
- la promotion de mesures - la violence est un problème
de santé mondiale dont les victimes comptent souvent
parmi les personnes les plus pauvres, sans défense
ou autrement vulnérables de la société.
La profession médicale doit recommander au niveau
local, national et international des stratégies efficaces
pour prévenir la violence et limiter ses effets sur
la santé. De plus, la profession médicale
doit dénoncer toute représentation ou utilisation
de comportement violent pour résoudre des problèmes
personnels, sociétaux ou politiques.
- la collecte de données - la profession
médicale doit jouer un rôle central dans la
garantie d'une collecte régulière de données
et s'assurer que celle-ci s'effectue dans le respect des
normes établies et qu'elle fournit suffisamment de
détails pour pouvoir constituer un outil de valeur
dans l'élaboration de politiques de santé
publique. Des études montrent qu'un grand nombre
de victimes de la violence ne figurent pas dans les statistiques
de la police, soit parce qu'elles n'ont pas commis de crime
(les victimes de violences familiales ou de brimades, par
exemple), soit parce qu'elles se sont abstenues de les signaler
à la police.
- la formation médicale - étant donné
le taux élevé, dans le monde, de morbidité
et de mortalité en relation avec la violence et le
fait que les questions de violence et de préjudices,
qui constituent des risques pour la santé, ne figurent
généralement pas dans les programmes de formation,
il importe que la profession médicale prenne des
mesures pour assurer que les questions de la prévention
de la violence et des préjudices soient incluses
au programme d'études médicales.
- la prévention - le médecin doit
saisir l'occasion unique de la rencontre clinique pour conseiller,
le cas échéant, les patients et les familles,
avec respect, afin d'apporter plus de sécurité,
moins de violence dans les foyers. Il pourra aussi utiliser
son jugement clinique pour dépister les victimes
de la violence ou les personnes qui présentent un
risque potentiel et prendre les mesures de prestation de
soins nécessaires.
- la coordination des secours aux victimes - que
ce soit par le dépistage des victimes de la violence
qui ne savent pas comment se faire soigner ou en adressant
leur patient à un confrère pour traiter son
état, son handicap physique, psychosocial ou son
incapacité à long terme en rapport avec le
préjudice subi, les médecins peuvent jouer
un rôle vital dans l'amélioration de la qualité
de l'assistance aux victimes.
- la recherche - la violence est un problème
de santé publique mondial dont les preuves documentaires
font souvent défaut. Une meilleure compréhension
des causes et des conséquences de la violence est
nécessaire, ainsi qu'une compréhension accrue
de l'efficacité des différentes stratégies
de prévention.
- un rôle exemplaire dans la société
- il importe que la profession médicale contribue
à la création et au renforcement des normes
sociales par la non participation et la non acceptation
des diverses formes de violence comme la torture, les mauvais
traitements ou abus de certaines populations, tels les prisonniers,
et qu'elle s'oppose activement à cette violence.
- l'élaboration de politiques - beaucoup
de pays ne possèdent toujours pas de politiques globales
de prévention de la violence au niveau local ou national.
La profession médicale doit contribuer à encourager
leur développement, voire, dans certains cas, jouer
un rôle de premier plan.
17.9.2003
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