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Soumis en octobre 2000
PRÉAMBULE
- Les prisonniers doivent bénéficier d'un traitement
humain et de soins médicaux appropriés. Les principes
qui régissent le traitement des détenus sont inscrits
dans plusieurs déclarations et recommandations adoptées
par divers organismes des Nations Unies (Voir Annexe).
- La relation entre le médecin et le prisonnier doit
être régie par les mêmes principes éthiques
que ceux qui régissent la relation entre le médecin
et tout autre patient.
- Des motifs impérieux de santé publique militent
pour un renforcement de ces principes. L'augmentation récemment
observée des cas de tuberculose chez les prisonniers
dans de nombreux pays fait valoir la nécessité
de prendre en compte les questions de santé publique
dans la planification de nouveaux régimes pénitentiaires
et d'engager la réforme des systèmes pénal
et pénitentiaire existants.
- Les prisons sont des foyers privilégiés d'infection.
La surpopulation, le confinement prolongé dans un espace
restreint, peu éclairé, mal chauffé et
par conséquent mal ventilé et souvent humide sont
au nombre des conditions souvent associées à l'emprisonnement
et contribuent à propager maladies et mauvaise santé.
Lorsque ces facteurs sont associés à un manque
d'hygiène, à une alimentation inadaptée
et à un accès limité à des soins
de santé appropriés, les prisons constituent un
problème majeur de santé publique. Les conditions
d'incarcération qui exposent les prisonniers à
des risques médicaux importants constituent un problème
humanitaire. Tout prisonnier atteint d'une infection crée
un risque non seulement pour les autres prisonniers mais aussi
pour le personnel pénitentiaire, pour les familles des
prisonniers, les visiteurs de prison et, à sa libération,
pour la communauté tout entière. Le moyen le plus
concret et efficace pour réduire les risques de transmission
des maladies est d'améliorer l'environnement carcéral,
en se fixant comme objectif de consacrer les premières
mesures d'urgence au problème de surpopulation.
- L'augmentation des cas de tuberculose active (TB) au sein
des populations carcérales et l'apparition chez certaines
d'entre elles de souches résistantes aux traitements,
comme l'a constaté l'Association Médicale Mondiale
dans sa Prise de position sur le traitement de la tuberculose,
atteint, dans certaines régions, un taux d'incidence
et de prévalence particulièrement élevé.
- D'autres affections comme l'hépatite C ou le VIH, sans
présenter la même contagiosité que la tuberculose,
posent un risque de transmission par le sang ou par le partage
et l'échange de fluides physiologiques. La surpopulation
favorise la propagation des maladies sexuellement transmissibles.
L'utilisation de drogues par voie intraveineuse contribue également
à la propagation du VIH et de l'hépatite B ou
C. Ces affections appellent des solutions spécifiques
que ce document n'abordera pas. Cependant, les principes énoncés
ci-dessous permettront de réduire les risques que ces
agents infectieux entraînent.
RÈGLES APPLICABLES
- L'Association Médicale Mondiale estime qu'il est primordial,
pour des raisons humanitaires et de santé publique, de
veiller :
- à protéger les droits des détenus,
indépendamment de leur état infectieux, conformément
aux textes statutaires des Nations Unies sur les conditions
carcérales. Comme le souligne la Déclaration
de Lisbonne de l'AMM, les détenus doivent avoir les
mêmes droits que les autres patients ;
- à assurer que les conditions de détention,
que les prisonniers soient détenus à titre
préventif, dans l'attente du jugement ou pour purger
une peine, ne contribuent pas au développement, à
l'aggravation ou à la transmission de maladies. Cela
concerne également les personnes détenues
dans le cadre des procédures d'immigration, bien
que les prisons ne doivent être utilisées à
cet effet ;
- à assurer, aux prisonniers isolés ou placés
en régime cellulaire, l'accès aux soins et
à toutes solutions appropriées à leur
état infectieux ;
- lors du transfert dans un nouvel établissement,
à examiner le bilan de santé des détenus
dans les 12 heures qui suivent leur arrivée, afin
d'assurer la continuité des soins ;
- à assurer le suivi du traitement des prisonniers
encore malades au moment de leur libération, en particulier
ceux qui sont atteints d'une maladie infectieuse. Parce
qu'une interruption de traitement peut être particulièrement
dangereuse sur le plan individuel et épidémiologique,
la continuité des soins est un élément
essentiel de la prise en charge médicale en milieu
pénitentiaire ;
- à l'efficacité, la nécessité
et l'opportunité des motifs de santé publique
qui, exceptionnellement et en de très rares cas,
peuvent entraîner la détention obligatoire
de personnes qui présentent de sérieux risques
d'infection pour la communauté en général.
De telles mesures doivent rester exceptionnelles et n'intervenir
qu'après une évaluation attentive et critique
de la nécessité de ces contraintes et de l'absence
d'alternatives efficaces. En pareils cas, la détention
doit être aussi brève que possible et les restrictions
autant que faire se peut limitées. Il faudra également
veiller à ce qu'il existe un système d'évaluation
indépendante et de réexamen de ces mesures,
en prévoyant une possibilité d'appel par les
patients. Ces mesures alternatives doivent être utilisées
chaque fois que les circonstances le permettent ;
- à utiliser les principes énoncés
dans la présente déclaration en tenant compte
de toutes les mesures de prévention des infections
croisées et de traitement des personnes infectées
au sein de l'établissement carcéral.
- Les médecins exerçant en milieu carcéral
ont le devoir de signaler aux autorités de santé
et aux organismes professionnels de leur pays les insuffisances
constatées dans la prestation de soins aux détenus
et les situations qui comportent des risques épidémiologiques
élevés. Les AMN ont le devoir de protéger
ces confrères contre d'éventuelles mesures de
rétorsion.
- L'AMM invite les associations nationales membres à
exhorter les autorités pénitentiaires et les pouvoirs
publics locaux et nationaux à traiter d'urgence ces aspects
des soins et de la promotion sanitaire dans leurs institutions
et à adopter des programmes qui offrent la garantie d'un
environnement carcéral sain et sûr.
10.300 Annexe
Textes internationaux relatifs aux soins médicaux dans
les prisons
(* Les informations bibliographiques surmontées d'un astérisque
figurent en dernière page.)
Déclaration Universelle des droits de l'Homme, adoptée
par l'Assemblée générale des Nations Unies,
le 16 décembre 1948 (Voir Articles 4, 9, 10 et 11) - Sources*
A,B,D,E
Ensemble de règles minimales pour le traitement des prisonniers,
approuvé par le Conseil économique et social des
Nations Unies, le 31 juillet 1957 (Voir articles 22 et 26). -
Sources* B, C, D, E
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels, adopté par l'Assemblée générale
des Nations Unies, le 16 décembre 1966 (Voir Article 12).
Entrée en vigueur : le 3 janvier 1976. - Sources* A, B,
D, E
Pacte international relatif aux droits civils et politiques et
Protocole facultatif, adopté par l'Assemblée générale
des Nations Unies, le 16 décembre 1966 (Voir Articles 6,
7 et 10). Entrée en vigueur : le 23 mars 1976. - Sources*
A, B, D, E
Principes d'éthique médicale pour la protection
des prisonniers contre la torture, adoptés par l'Assemblée
générale des Nations Unies, le 18 décembre
1982 (Voir Principe 1). - Sources* B, C, E
Ensemble de principes pour la protection des personnes soumises
à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement,
adopté par l'Assemblée générale des
Nations Unies, le 9 décembre 1988 (Voir Principe 24). -
Sources* B, C, E
Principes de base pour le traitement des prisonniers, adoptés
par l'Assemblée générale des Nations Unies,
le 14 décembre 1990 (Voir Article 9) - Sources* B, D, E
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs
privés de liberté, adoptées par l'Assemblée
générale des Nations Unies, le 14 décembre
1990 (Voir principes 50 à 54). - Sources* B, D, E
Principes directeurs de l'OMS sur l'infection du SIDA et du VIH
dans les prisons, publiée en mars 1993, à Genève
(Document WHO/GPA/DIR/93.3). Source* E
* Sources bibliographiques
A. Brownlie I. Ed., Basic Documents on Human Rights, 3rd edition,
Oxford University Press, Oxford 1992
B. Human Rights : A Compilation of International Instruments,
United Nations, New York and Geneva, 1994 (Vol. I : International
instruments). Cette compilation est disponible dans les cinq langues
officielles des Nations Unies.
C. Ethical Codes and Declarations relevant to the Health Professions
: an Amnesty International Compilation of Selected Ethical Texts.
3rd edition, International Secretariat, Amnesty International,
London, 1994
D. Melander G.et Alfredsson G. Eds., The Raoul Wallenberg Compilation
of HumanRights Instruments. Martinus Nijhoff Publishers, The Hague,
London and Boston, 1997
E. Alfredsson G. et Tomasevski K. Eds, A thematic Guide to Documents
on Health and Human Rights, Martinus Nijhoff Publishers, The Hague,
London and Boston, 1998
1.2.2001
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