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Adoptée par la 51e Assemblée générale
de l'Association Médicale Mondiale Tel Aviv (Israël),
Octobre 1999
PREAMBULE
- Au regard de certains Etats les méthodes médicales
sont sujettes à brevet. Les brevets relatifs aux méthodes
médicales sont souvent connus sous le nom de brevets
sur les techniques médicales. Une demande de brevet ou
un brevet sur les techniques médicales. ne confère
des droits qu'à des méthodes, à l'exclusion
de tout nouvel appareil.
- Les brevets sur les techniques médicales sont interdits
dans plus de 80 pays. Cette interdiction correspond aux dispositions
de l'Accord général sur les tarifs douaniers et
le commerce (GATT), amendé lors des négociations
du Cycle d'Uruguay, et son accord sur les aspects des droits
de propriété intellectuelle qui touchent au commerce
(ADPIC) : "Les Membres pourront aussi exclure de la brevetabilité
(a) les méthodes diagnostiques, thérapeutiques
et chirurgicales pour le traitement des personnes ou des animaux"
(Article 27). Les Etats-Unis autorisent toujours les brevets
sur les techniques médicales. Mais la protection des
brevets sur les techniques médicales déposés
depuis juillet 1996 n'est plus opposable aux professionnels
de santé qui les violent lors de l'utilisation d'une
méthode médicale ou chirurgicale. Cette loi rend
donc pratiquement inutile le dépôt de nouveaux
procédés médicaux aux Etats-Unis. Cependant,
il reste encore dans ce pays de nombreux brevets sur les techniques
médicales qui, datant d'avant 1996, sont encore protégés
par la loi.
- L'objectif des brevets est d'encourager les investissements
privés dans la recherche et le développement.
Or, les médecins, en particulier ceux qui travaillent
dans les établissements de recherche, bénéficient
déjà d'éléments d'incitation à
l'innovation et à l'amélioration de leurs compétences.
Ces incitations sont notamment la notoriété, la
carrière et l'obligation éthique et juridique
d'offrir des soins médicaux de qualité (Code international
d'éthique médicale - Doc. 17.A). Les médecins
sont donc rémunérés pour ces activités.
De plus, des fonds publics sont parfois mis à la disposition
de la recherche médicale. L'argument selon lequel les
brevets sont indispensables pour stimuler les découvertes
de méthodes médicales et selon lequel, s'ils n'existaient
pas, les patients seraient privés de méthodes
médicales bénéfiques, n'est pas convaincant
lorsqu'existent ces autres incitations et mécanismes
de financement.
- Un autre argument voudrait que les brevets soient indispensables
non pas pour stimuler la découverte mais pour le développement
des produits. Cet argument ne tient pas non plus dans le cas
des brevets sur les techniques médicales. Contrairement
au développement d'un appareil qui exige un investissement
dans l'ingénierie, les méthodes de production
et la fabrication, le développement d'un brevet sur les
techniques médicales repose sur les compétences
intellectuelles et l'habileté manuelle acquises et perfectionnées
par les médecins. Comme indiqué précédemment,
si les médecins ont l'obligation de se consacrer à
ces activités professionnelles ils en reçoivent
aussi la récompense.
- Les aspects éthiques des brevets sur les appareils
médicaux sont sans rapport avec les aspects éthiques
des brevets sur les techniques médicales. Les appareils
sont fabriqués et distribués par des entreprises
alors que les techniques médicales sont "fabriquées
et distribuées" par les médecins. Or, les
médecins ont des devoirs éthiques et juridiques
envers leurs patients et des devoirs professionnels les uns
envers les autres que n'ont pas les entreprises. Ce sont ces
devoirs éthiques particuliers qui définissent
notamment la médecine en tant que profession.
- Il n'y a pas a priori de raison de croire que le détenteur
d'un brevet sur une technique médicale veuille largement
en faire profiter autrui. Si toutefois il souhaitait en retirer
un profit maximum, il pourra soit procéder à une
large diffusion au moyen d'une licence non exclusive assortie
d'une redevance modeste, soit procéder à une diffusion
plus restreinte à l'intention d'utilisateurs qui, considérant
cette technique extrêmement importante, sont prêts
à payer le prix fort. Poussées par la concurrence,
certaines organisations de soins de santé pourraient
être tentées de négocier des exclusivités,
voire des licences qui restreindraient fortement le nombre des
personnes ayant accès à la méthode brevetée.
Ces licences pourraient constituer un avantage concurrentiel
pour une organisation, surtout si elle peut se prévaloir
d'être la seule à proposer la méthode dans
la région. Ainsi, dans certains cas tout au moins les
détenteurs de brevets médicaux préféreront
probablement restreindre l'accès à leur découverte.
- Les brevets sur les techniques médicales peuvent avoir
des effets négatifs sur les soins de santé. L'existence
d'un brevet peut limiter l'accès aux soins médicaux
indispensables et de ce fait compromettre la qualité
de ces soins. L'accès pourrait se trouver diminué
pour les raisons suivantes:
- Le coût de la prestation médicale serait
probablement majoré du fait du paiement des droits
et redevances d'exploitation et de l'augmentation de l'assurance
médicale en couverture d'éventuels frais de
litiges.
- Certains médecins, bien que capables d'exécuter
la méthode brevetée, pourraient ne pas obtenir
la licence nécessaire. Le nombre de médecins
ayant le droit d'exploiter une invention peut se trouver
limité soit parce qu'ils ne peuvent pas ou ne veulent
pas acquitter la redevance ou les droits, soit parce que
le titulaire du brevet refuse d'ouvrir largement l'accès
à son invention. La limitation du nombre des licences
peut, dans certains cas, restreindre le libre choix du médecin
par le patient.
- En présence d'un brevet, le médecin s'interdira
peut-être d'utiliser une méthode, même
s'il n'y a pas violation. Si les appareils brevetés
portent une marque, il n'en va pas de même pour les
méthodes. Par conséquent, on ne peut pas toujours
savoir d'emblée si l'utilisation d'une méthode
viole un brevet. Mais comme l'ignorance ne constitue pas
un moyen de défense en cas de violation supposée,
le médecin, en cas de doute, choisira simplement
de s'abstenir d'utiliser la méthode.
- D'un point de vue éthique, l'utilisation d'un brevet
de nature médicale peut également porter atteinte
à la vie privée du patient et à l'obligation
du médecin de respecter le caractère confidentiel
des renseignements relatifs à celui-ci. En effet, lorsque
les médecins exercent seuls ou en petits groupes, le
moyen le plus efficace pour le titulaire du brevet de détecter
d'éventuelles violations est de consulter le dossier
médical ou de s'entretenir avec le patient. La suppression
des éléments d'identification du dossier ne peut
garantir la confidentialité, car quelques détails
suffisent souvent à reconstruire l'identité du
patient. Ce risque existe surtout dans les petites villes ou
les cabinets relativement peu importants.
- Toujours du point de vue de l'éthique, les médecins
ont l'obligation à la fois de transmettre leur savoir-faire
et leurs techniques à leurs confrères et de mettre
à jour de façon permanente leurs connaissances
(Code d'éthique médicale de l'AMA, 9.08). Or,
les brevets sur les techniques médicales peuvent porter
atteinte à ces obligations. En effet, une fois brevetée,
la technique doit être entièrement divulguée
(c'est l'une des conditions requises pour l'obtention d'un brevet).
Cependant, les praticiens qui ne sont pas au bénéfice
d'une licence n'ont pas le droit de l'utiliser. Le fait de limiter
ainsi le nombre des utilisateurs enfreint l'esprit même
du devoir d'enseigner et de diffuser la connaissance. Cette
limitation va également à l'encontre de l'obligation
de formation continue car le médecin n'a aucun d'intérêt
à acquérir des compétences qu'il ne peut
pas utiliser légalement.
- D'autre part, l'obligation d'enseigner et de transmettre la
connaissance est encore compromise lorsque la possibilité
de déposer un brevet conduit l'inventeur à retarder
la publication ou la communication de ses résultats lors
de conférences. L'inventeur sera tenté de garder
le secret sur sa nouvelle technique tant qu'il n'aura pas rempli
toutes les formalités. En effet, toute utilisation publique
d'une méthode ou la publication de la description d'une
méthode avant le dépôt de la demande peut
invalider cette dernière.
- Les médecins ont aussi l'obligation d'empêcher
que des motifs d'intérêt personnel ne compromettent
le caractère libre et indépendant de leurs décisions
(Code international d'éthique médicale - Doc.
17.A). Le fait de briguer, d'obtenir ou d'utiliser un brevet
portant sur un procédé médical peut amener
le médecin à enfreindre cette obligation. Les
médecins détenteurs de brevets ou de licences
peuvent être tentés de plaider en faveur de l'utilisation
de leur invention, même en l'absence de toute indication,
ou lorsqu'elle ne constitue pas le meilleur choix thérapeutique.
Par contre, les médecins qui ne sont pas au bénéfice
d'une licence peuvent refuser d'appliquer la méthode
même si elle constitue en certaines circonstances le meilleur
choix thérapeutique.
- Enfin, le fait que les brevets soient l'objet d'une protection
juridique peut amener les médecins à enfreindre
leur obligation d'exercer leur profession avec conscience et
dignité (Déclaration de Genève). Les procès
ne se déroulent pas toujours dans l'atmosphère
de dignité et de respect souhaitables et le spectacle
de médecins s'attaquant régulièrement en
justice n'a rien qui puisse rehausser le prestige de la profession.
PRISE DE POSITION
- L'Association Médicale Mondiale
- déclare que le dépôt de brevets,
en limitant potentiellement l'accès des patients
aux nouvelles techniques médicales, compromet gravement
l'efficacité de la médecine.
- estime que le dépôt de brevets sur les méthodes
médicales est contraire aux principes éthiques
et aux valeurs qui régissent l'exercice de la profession
tant dans les devoirs dus au patient que dans les relations
entre confrères. Cependant, les brevets sur les appareils
médicaux, à la lumière des différences
susmentionnées entre méthodes et appareils,
sont acceptables.
- invite les associations médicales nationales à
préserver par tous moyens l'intérêt
des médecins pour le progrès de la connaissance
médicale et le développement de nouvelles
méthodes médicales.
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