Adoptée par l'Assemblée
générale de l'AMM, Santiago 2005
- La multiplication du nombre de procès que connaît
le monde aujourd'hui affecte de façon hostile la pratique
de la médecine et corrode la qualité et l'accès
aux services de santé. Certaines associations médicales
nationales signalent une responsabilité médicale
en état de crise alors que le développement des
poursuites en justice contribue à augmenter les coûts
de santé, à limiter l'accès aux services
de soins et à brider les efforts permettant d'améliorer
la sécurité du patient et la qualité. Dans
d'autres pays, les réclamations pour faute médicale
sont moins rampantes mais les associations médicales
nationales doivent être attentives aux problèmes
et circonstances susceptibles d'augmenter la fréquence
et l'exigence des demandes d'indemnité pour faute réclamées
aux médecins.
- Les demandes d'indemnité pour faute ont provoqué
une forte augmentation des coûts de santé, en déviant
les ressources de soins limitées en direction du système
judiciaire et en les détournant de leur destination directe,
à savoir, les soins du patient, la recherche et la formation
médicale. La multiplication du nombre de procès
a également quelque peu voilé la distinction entre
négligence et effets indésirables inévitables,
avec souvent pour résultat une énonciation aléatoire
des normes de santé. Cela a donné lieu à
des extrapolations faisant valoir que n'importe qui peut intenter
un procès pour presque n'importe quoi, en faisant le
pari de gagner le gros lot. De tels agissements engendrent cynisme
et méfiance envers les systèmes à la fois
médicaux et juridiques et entraînent des conséquences
préjudiciables à la relation médecin/patient.
- Par l'adoption de la présente prise de position, l'Association
Médicale Mondiale invite instamment les associations
médicales nationales à demander que soit mis en
place dans leurs pays respectifs un système de justice
médicale fiable. Les systèmes juridiques doivent
s'assurer que les patients sont protégés contre
des pratiques préjudiciables, que les médecins
sont protégés contre les actions en justice condamnables
et que l'énonciation des normes de santé sont
cohérentes et fiables de sorte que chacune des parties
sait ce qu'elle doit faire.
- L'Association Médicale Mondiale souhaite par la présente
déclaration informer les associations médicales
nationales des faits et problèmes relatifs aux demandes
d'indemnité pour faute médicale. Dans chaque pays,
compte tenu des systèmes législatif et juridique
tout comme des traditions sociales et conditions économiques,
certaines parties de la présente prise de position peuvent
ne pas s'appliquer à toutes les Association Médicale
Nationales mais ne remettent pas en cause l'importance cruciale
d'une telle prise de position.
- L'augmentation de la fréquence et de la gravité
des réclamations pour faute médicale peut notamment
résulter de l'une ou plusieurs des circonstances suivantes
:
- Les progrès des connaissances et des techniques
médicales qui permettent aujourd'hui aux médecins
de réaliser des choses autrefois impossibles, provoquent
cependant dans bien des cas des risques considérables.
- Les pressions exercées sur les médecins
par les organismes de santé privés ou les
systèmes de santé publics dans le but de limiter
les coûts des soins médicaux.
- La confusion entre, le droit à l'accès aux
soins, qui peut être acquis, et le droit à
la santé et à son maintien, qui ne peut être
garanti.
- La responsabilité des médias qui poussent
à la méfiance à l'égard des
médecins en mettant en doute leur compétence,
leurs connaissances, leur comportement et la gestion des
patients et par l'invitation de ces patients à formuler
des plaintes contre les médecins.
- Il importe de faire une distinction entre un préjudice
résultant d'une négligence et un effet indésirable
survenu en cours de soins ou de traitement dont le médecin
n'est pas responsable.
- Un préjudice causé par une négligence
est la résultante directe d'une absence de conformité
de la part du médecin avec les normes de soins permettant
le traitement de la pathologie en présence, voire
un manque de compétences du médecin dans le
domaine de la prestation de soins au patient.
- Un effet indésirable est un préjudice, survenant
pendant le traitement médical, qui ne résulte
pas d'un manque de compétences ou de connaissances
du médecin traitant et pour lequel le médecin
ne doit porter aucune responsabilité.
- Le détermination du montant de l'indemnité des
patients faisant l'objet d'une faute médicale doit être
différent selon qu'il s'agit d'une réclamation
pour faute ou d'un effet indésirable survenu en cours
de soins et de traitement à moins qu'il y ait un système
autre tel qu'un système de non faute ou un système
de résolution alternatif.
- Concernant le cas d'un effet indésirable pour lequel
le médecin n'est pas responsable, chaque pays doit
décider de la nécessité de dédommager
le patient pour les préjudices subis et préciser,
le cas échéant, la source du financement.
En fonction de ses conditions économiques, le pays
décidera de la mise à disposition d'un fonds
de solidarité permettant d'indemniser le patient
sans aucune charge pour le médecin.
- Les lois régissant chacune des juridictions doivent
prévoir les modalités permettant de décider
de la responsabilité dans les réclamations
pour faute et de déterminer le montant de l'indemnité
due au patient dans le cas d'une négligence éprouvée.
- Les Associations Médicales Nationales examineront attentivement
une partie ou la totalité des possibilités suivantes,
dans un souci de traiter avec justesse et équité
à la fois les médecins et les patients :
- Etablissement de programmes d'enseignement public sur
les risques inhérents aux derniers progrès
concernant les modes de traitement et la chirurgie et les
programmes d'enseignement professionnel sur la nécessité
d'obtenir le consentement éclairé du patient
sur ces traitements et chirurgie.
- Mise en place de programmes de sensibilisation du public
expliquant les problèmes de la médecine et
de la prestation de soins de santé résultant
d'une stricte limitation de la maîtrise des coûts.
- Amélioration du niveau et la qualité de
l'enseignement médical pour tous les médecins,
y compris le développement de la pratique en formation
clinique.
- Développement et participation aux programmes permettant
aux médecins d'améliorer la qualité
des soins et des traitements médicaux.
- Elaboration des directives appropriées sur la formation
de rattrapage pour les médecins présentant
des compétences ou des connaissances insuffisantes,
y compris des limitations d'exercice professionnel jusqu'au
rattrapage du retard.
- Information du public et le gouvernement du danger que
les différentes formes de médecine défensive
peuvent présenter (la multiplication des actes médicaux
ou, au contraire, la non-intervention des médecins,
la désaffection des jeunes médecins pour certaines
spécialités à risques ou l'hésitation
des médecins ou des hôpitaux à traiter
les patients à haut risque).
- Information du public sur les risques de préjudice
encourus pendant un traitement médical peuvent ne
pas résulter d'une négligence de la part du
médecin et établissement de procédures
simples pour permettre aux patients d'avoir des explications
en cas d'accidents et d'être informés des mesures
à prendre pour obtenir compensation, si existante.
- Préconisation d'une protection légale pour
les médecins lorsque les patients sont l'objet d'effets
indésirables qui ne sont le produit d'aucune négligence
et participation aux décisions concernant le bien
fondé de l'instaurant de compensations à fournir
aux patients blessés pendant un traitement médical
sans aucune présence de négligence.
- Participation à l'élaboration des lois et
des procédures applicables aux réclamations
pour faute médicale.
- Opposition active aux réclamations sans valeur
ou peu sérieuses et aux facturations fortuites des
avocats.
- Exploration des nouvelles règles de procédure
de résolution des conflits comme l'arbitrage à
l'amiable, plutôt que la procédure judiciaire,
pour traiter les réclamations pour faute médicale.
- Encouragement des médecins à souscrire
à une assurance personnelle pour se protéger
des réclamations pour faute médicale, à
la charge des praticiens eux-mêmes ou de l'employeur,
pour les médecins salariés.
- Encouragement au développement de systèmes
bénévoles, confidentiels et légalement
protégés permettant le signalement des effets
indésirables ou des erreurs médicales, à
des fins d'analyse et de recommandations sur la réduction
des effets indésirables et sur l'amélioration
de la sécurité du patient et de la qualité
des soins.
- Endiguer la criminalisation croissante ou la responsabilité
pénale des actes médicaux par les tribunaux.
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