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Février 2005 – Equité d'accès aux soins et traitement du VIH/SIDA

La déclaration de l'AMM sur les droits du patient affirme “Lorsque les circonstances demandent de sélectionner des patients potentiels pour un traitement dont la prestation est limitée, ces patients ont droit à ce que la procédure de sélection utilisée soit régulière. Ce choix doit se faire sur la base de critères médicaux et sans discrimination.”

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un projet intitulé "Three by Five Initiative" http://www.who.int/3by5/en/ dont le but est de fournir aux trois millions de personnes atteintes du VIH/SIDA, dans les pays en développement dont les ressources sont limitées, le traitement antirétroviral (ART) permettant de prolonger la vie, d'ici la fin 2005. Etant donné que le nombre de personnes nécessitant ce traitement s'élève à au moins six millions, les receveurs potentiels devront être choisis par sélection.

Consciente que l'accès à des approvisionnements limités d'antirétroviraux pose des questions éthiques d'équité et d'égalité, l'OMS et l'ONUSIDA ont élaboré un document de recommandations éthiques à l'intention des personnes responsables des programmes et politiques d'accès. En janvier 2004, les deux organisations ont convoqué une assemblée internationale sur l'éthique et l'équité d'accès au traitement et aux soins pour les personnes atteintes du VIH/SIDA afin d'identifier les problèmes et déterminer les meilleurs moyens de les traiter. Le rapport de cette consultation et les trois documents de base qui l'accompagnent peuvent être consultés sur le site suivant : www.who.int/ethics/resource_allocation/en/#gotohere.

Suite à cette conférence, l'OMS et l'ONUSIDA ont publié leurs Recommandations sur l'éthique et l'équité d'accès aux soins et traitement du VIH www.who.int/ethics/en/ethics_equity_HIV_e.pdf. Ce document met davantage l'accent sur les méthodes utilisées dans l'élaboration de politiques justes pour l'accès au traitement que sur le contenu de ces politiques. Par exemple, il cite un certain nombre de groupes qu'il conviendrait de prendre en considération lors de l'établissement de priorités (travailleurs de santé, chefs de famille, etc.) sans toutefois préciser les groupes auxquels cette priorité doit être accordée.

En tant que principaux participants des programmes de traitement et d'élaboration de politiques sur le VIH/SIDA, les médecins et leurs associations médicales nationales profiteront des travaux réalisés par l'OMS/ONUSIDA sur ce sujet. L'AMM s'apprête à réviser les nombreuses prises de position adoptées sur le VIH/SIDA, en propre ou en collaboration avec d'autres organisations de santé (par exemple, la Résolution 2004 sur le VIH/SIDA de l'Alliance mondiale des professions de santé) www.whpa.org/pr06_04.htm, et intègrera sans aucun doute la question de l'équité d'accès au traitement dans chacune de ses révisions.

Janvier 2005 – Déclaration de l'UNESCO relative à des normes universelles en matière de bioéthique.

En 1993, l'Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) a mis en place un Comité International de Bioéthique (CIB). Bien que son champ d'actions, comme indiqué dans ses statuts, concerne au départ l'éducation (par ex. en promouvant la réflexion sur les questions éthiques et juridiques soulevées par la recherche scientifique et ses applications et en favorisant l'échange d'idées et d'informations, notamment au travers de l'éducation), une grande partie de son travail a consisté à établir des documents tels que la Déclaration Universelle sur le Génome Humain et les Droits de l'Homme qui a été adoptée lors de la Conférence Générale de l'UNESCO en novembre 1997.

Après une rencontre des Ministres de la Science ayant pour thème "La bioéthique: implications internationales" en octobre 2004, l'UNESCO a commencé à réfléchir sur la possibilité d'établir des normes universelles pour la bioéthique. Le CIB a fourni un rapport sur cette question en juin 2003 et la Conférence Générale de l'UNESCO en octobre 2003 a permis la poursuite du travail. Un groupe chargé de l'élaboration au sein du CIB a été nommé et a entamé son travail le 30 avril 2004, suite à deux jours et demi de consultation auprès des parties intéressées, y compris l'Unité d'Ethique de l'AMM. Dans le même temps, le Bureau Exécutif de l'UNESCO a approuvé un planning pour le projet avec en final l'adoption d'une déclaration par la Conférence Générale en octobre 2005. (Voir le site Internet UNESCO Ethique pour plus de détails sur les différentes étapes de la procédure).

En décembre 2004, le groupe a terminé sa quatrième ébauche du texte de la Déclaration et propose de l'intituler: Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme. Cette ébauche sera étudiée par le Comité de Bioéthique Intergouvernemental de l'UNESCO, composé de délégués gouvernementaux et le CIB adoptera la version finale le 28 janvier 2005. Cette version sera alors transmise à des délégués gouvernementaux qui l'étudieront et la finaliseront pour la réunion du Bureau Exécutif de l'UNESCO et la Conférence Générale en octobre 2005.

La consultation préliminaire auprès des gouvernements avait fait apparaître le souhait de voir cette Déclaration traiter spécifiquement des questions éthiques. L'ébauche actuelle ne reflète cependant pas ce souhait. Elle consiste plutôt en un préambule, en une série de dispositions générales (objectif, intentions etc.), de principes généraux, de principes d'application, de procédures, de promotion et de mise en œuvre.

L'un des aspects les plus sujets à controverse de la Déclaration proposée est son objectif, notamment la question de savoir si elle doit traiter des questions médicales et publiques (qui relèvent de l'OMS, pas de l'UNESCO) ainsi que des questions scientifiques et éducatives. L'ébauche actuelle du document définit clairement la bioéthique comme “le champ d'étude systématique, pluraliste et interdisciplinaire qui aborde les questions morales, théoriques et pratiques, que posent la médecine et les sciences de la vie appliquées aux êtres humains et au rapport de l’humanité à la biosphère ;. En outre, plusieurs articles de l'ébauche ne semblent pas clairs du tout ou pas appropriés à la pratique médicale clinique, par exemple:

  • L'article 8 stipule que “Toute décision ou pratique doit s’efforcer de maximiser les effets bénéfiques à en attendre pour la personne concernée et d’en réduire au minimum les effets nocifs éventuels". Dans la pratique médicale, plusieurs personnes sont concernées et les effets bénéfiques pour l'une (par ex. le médecin) peuvent être de nature totalement différente pour une autre (par ex. le patient).
  • L'article 9 stipule “Toute décision ou pratique doit tenir compte des contextes culturels, courants de pensée, systèmes de valeurs, traditions et convictions religieuses et spirituelles présents dans la société. C'est véritablement irréaliste, dans la plupart des relations médecin-patient liées à la pratique médicale.
  • L'article 12 traite du consentement éclairé dans le domaine de la recherche et de la pratique médicale. Ses dispositions concernant la recherche sur des personnes qui ne sont pas en mesure de donner leur consentement sont peut-être plus restrictives que celles actuellement défendues. De plus, même si l'objectif premier de la Déclaration est “de fournir un cadre universel de principes fondamentaux et de procédures élémentaires visant à guider les Etats dans la formulation de leur législation et de leurs politiques dans le domaine de la bioéthique," le principe repris dans cet article, en matière de consentement au diagnostic et traitement médical pour les personnes incapables, consiste à se conformer à la législation nationale.
  • L'article 13 sur la vie privée et la confidentialité est également très restrictif et d'une si grande étendue qu'il a peu de chance d'être appliqué.
  • L'article 14, “Toute décision ou pratique doit tenir dûment compte de la solidarité entre les êtres humains et encourager la coopération internationale à cette fin" est inadapté à la relation personnelle médecin-patient.
  • L'article 16 stipule que, “Les bienfaits de la recherche scientifique et de ses applications doivent être partagés avec l’ensemble de la société et la communauté internationale, en particulier les pays en développement". Chaque patient, chaque médecin profite des applications de la recherche scientifique mais il règne un grand flou sur la manière dont de tels bénéfices peuvent être partagés avec les autres.
  • L'article 17 est également impropre à la pratique médicale clinique. “Toute décision ou pratique doit tenir compte de ses effets sur toutes les formes de vie et leur interaction, et de la responsabilité particulière des êtres humains qui est de protéger la biodiversité et la biosphère dans lesquelles ils vivent".
    L'article 18 stipule que, “Toute décision ou pratique doit… éviter les conflits d’intérêts.”Les conflits d'intérêt, par ex. lorsqu'il s'agit d'allouer de faibles ressources sanitaires, ne peuvent pas toujours être évités même s'ils doivent être gérés.
  • L'article 19 représente un grave défi pour l'éthique médicale lorsqu'il stipule que “Toute décision ou pratique doit … pouvoir être examinée de façon appropriée par les personnes concernées et par la société civile" et “ pouvoir faire l’objet d’un vaste débat public, éclairé et pluraliste”
  • L'article 29 appelle les états à “prendre toutes les mesures appropriées - législatives, administratives ou autres - pour donner effet aux principes énoncés dans la présente Déclaration…."

Les inquiétudes suscitées par la Déclaration proposée peuvent être adressées aux membres du comité des experts gouvernementaux qui sont chargés de mener des consultations sur ce document dans leurs pays respectifs entre mars et juin 2005. Voir le communiqué des membres du comité sur le site Internet du CBI.


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