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Septembre 2004 - Double Loyauté
Lorsque les médecins ont des responsabilités à
la fois vis-à-vis de leurs patients et d'une tierce partie
et lorsque ces responsabilités sont incompatibles, ils
se trouvent alors dans une situation de "double loyauté".
Les tierces parties qui demandent une loyauté aux médecins
comprennent les gouvernements, les employeurs (par ex. établissements
hospitaliers et organisations de gestion des soins), les assureurs,
les responsables militaires, la police, les responsables de prison
et les membres de la famille. Le Code International d'Ethique
Médical de l'AMM stipule "un médecin se
doit d'être totalement loyal vis-à-vis de ses patients"
mais il est généralement admis que les médecins
doivent, dans des situations exceptionnelles, donner la priorité
aux intérêts des autres avant ceux des patients.
Le défi en matière d'éthique consiste à
décider quand et comment protéger les patients face
à des pressions exercées par des tiers.
Les situations de double loyauté couvrent un ensemble
de cas, depuis les cas où les intérêts de
la société sont prioritaires à ceux où
les intérêts du patient sont clairement fondamentaux.
Entre ces deux extrêmes, il faut beaucoup de discernement
pour adopter la bonne conduite.
Parmi ces cas, figure le devoir de signaler les patients souffrant
de maladies à déclaration obligatoire, ceux considérés
comme inaptes à conduire, ceux suspectés d'abus
sur les enfants. Les médecins peuvent remplir ces obligations
sans hésitation mais les patients doivent en être
informés au préalable.
D'autres cas portent sur les demandes ou ordres émanant
de la police ou de l'armée pour une participation à
des pratiques qui violent les droits de l'homme fondamentaux,
telle que la torture. Dans sa Résolution
2003 sur le devoir des médecins de dénoncer les
actes de torture ou de traitement cruel, inhumain ou dégradant
dont ils ont connaissance l'AMM fournit des directives spécifiques
aux médecins se trouvant face à de telles situations.
Les médecins doivent notamment conserver leur indépendance
professionnelle afin de définir ce qui est le mieux pour
les patients et doivent respecter, dans la mesure du possible,
les obligations de l'éthique médicale quant au consentement
éclairé et à la confidentialité. Toute
atteinte à ces obligations doit être justifiée
et doit être signalée au patient. Les médecins
ont le devoir d'informer les autorités concernées
de toute ingérence injustifiée dans les soins de
leurs patients, en particulier si les droits de l'homme fondamentaux
sont mis à mal.
Parmi tous les cas pouvant se présenter, il y a les pratiques
de certains programmes de gestion des soins qui restreignent l'autonomie
clinique des médecins quant aux décisions thérapeutiques
à prendre pour leurs patients. Même si de telles
pratiques ne vont pas systématiquement à l'encontre
de l'intérêt des patients, cela peut se produire
et les médecins doivent bien réfléchir sur
l'opportunité de participer à de tels programmes.
S'ils n'ont pas le choix, par exemple en l'absence d'autres programmes,
ils doivent vigoureusement défendre leurs propres patients
et par le biais d'associations médicales les besoins de
tous les patients concernés par de telles politiques restrictives.
Le conflit potentiel ou réel d'intérêts entre
un médecin et une entreprise commerciale d'une part et
les patients et/ou la société d'autre part est une
forme particulière de double loyauté. Les laboratoires
pharmaceutiques, les fabricants de matériel médical
et les autres entités commerciales offrent fréquemment
aux médecins des cadeaux et autres avantages qui vont des
simples échantillons jusqu'à des voyages et hôtels
lors de formations et à des rémunérations
exagérées pour des activités de recherche.
Si les entreprises sont si généreuses, c'est parce
qu'elles espèrent convaincre les médecins de prescrire
ou d'utiliser les produits de leur fabrication qui peuvent ne
pas être les plus appropriés aux patients du médecin.
L'AMM établit actuellement des directives pour les médecins
confrontés à de telles situations et bon nombre
d'associations médicales nationales ont déjà
leurs propres directives. Ce guide éthique est régi
par le principe suivant: les médecins doivent résoudre
tout conflit entre leurs propres intérêts et ceux
de leurs patients, en favorisant avant tout ces derniers.
Le rapport du groupe de travail international sur la double loyauté
est une importante ressource pour les médecins et autres
professionnels de la santé impliqués dans des situations
de double loyauté. Ce rapport est le fruit d'une initiative
à la fois des Médecins pour les Droits de l'Homme
et de l'Ecole de Santé Publique et des Soins de santé
primaires de l'université de Cape Town, en Afrique du Sud:
Dual
Loyalty & Human Rights in Health Professional Practice: Proposed
Guidelines & Institutional Mechanisms. Ce rapport contient
des chapitres sur l'étendue du problème, des propositions
de directives générales pour la pratique sanitaire
professionnelle, des propositions de directives pour la pratique
dans des situations difficiles et des mécanismes institutionnels
pour la protection des droits de l'homme dans la pratique médicale.
Les médecins en milieu carcéral font face à
de multiples conflits de double loyauté. Afin de les aider
à identifier et traiter ces questions, l'Association Médicale
Norvégienne, en collaboration avec l'AMM, propose un cours
sur Internet concernant les droits de l'homme et l'éthique,
conçu spécifiquement pour les médecins de
prison. Pour y accéder: www.wma.net/f/webcourse_2004.htm.
Août 2004 - Brevets et Santé
Il y a peu encore, breveter des produits de santé ne posait
pas de véritable problème. Le seul point délicat
portait sur la durée du brevet qui permet de savoir la
date à laquelle les médicaments génériques
sont disponibles.
Au cours des dix dernières années, la dépose
de brevet a cependant donné lieu à de grosses controverses
en rapport avec la santé. Deux dossiers ont notamment attiré
l'attention des organisations sanitaires, des défenseurs
de l'éthique et des autres parties intéressées:
le brevet sur des formes de vie, incluant les gènes humains,
les séquences génétiques et les cellules
souches embryonnaires ainsi que le recours aux brevets afin de
limiter la fabrication de médicaments génériques
moins chers pour des pathologies telle que le HIV/SIDA, en particulier
dans les pays en voie de développement.
Malgré une vigoureuse opposition des groupes religieux,
écologiques et autres, depuis les années 80 il est
possible de déposer un brevet portant sur des organismes
génétiquement modifiés en Europe, aux Etats-Unis
et dans de nombreuses autres juridictions. Aujourd'hui, de vastes
débats se sont ouverts concernant l'interdiction de brevet
portant sur les êtres humains ou leurs composants. Le Projet
de Génome Humain des années 90 a identifié
quasiment l'ensemble des 30 000 gènes humains et leurs
séquences et des brevets ont été accordés
pour bon nombre de ces séquences. Il faut toutefois noter
qu'une forte opposition s'est manifestée à l'encontre
des brevets sur l'ADN humaine, même isolée de son
environnement naturel et les autorités responsables des
brevets, en Europe et aux Etats-Unis, sont en train de revoir
leurs critères pour les brevets sur des séquences
génétiques.
L'une des Associations Médicales Nationales à avoir
traité cette question est l' Association Médicale
Américaine dans les rapports de 2000 et 2001 de son Conseil
des Affaires Scientifiques: Patenting
of Genes and Their Mutations, and Gene
Patenting: Utility Examination Guidelines.
Une autre controverse a vu le jour sur la protection des brevets
ayant trait aux cellules souches embryonnaires humaines et même
aux embryons dans leur intégralité qui sont créés
in vitro.
L'AMM n'a pas encore traité de l'éthique liée
au brevet sur des formes de vie, incluant l'ADN et les cellules
souches. Sa seule politique sur les brevets date de 1999 : Brevets
sur les Techniques Médicales. Cette prise de position
s'oppose à la dépose de brevet sur des techniques
médicales au motif que cela entraînerait de graves
risques pour une pratique efficace de la médecine en limitant
potentiellement la disponibilité de nouvelles procédures
en faveur des patients ce qui serait donc contraire à l'éthique
et aux valeurs du professionnalisme médical. La prise de
position autorise toutefois la dépose de brevets en relation
avec des équipements médicaux.
La deuxième grande question concernant les brevets et
leur impact sur la santé porte sur la disponibilité
des médicaments génériques bon marché
dans les pays en voie de développement. Cette question
a donné lieu à de difficiles négociations
lors des réunions de l'Organisation Mondiale du Commerce
et a été partiellement résolue en 2003 par
la Déclaration
de Doha sur l'accord TRIPS et la santé. De nombreuses
questions restent toutefois en suspens concernant la légitimité
d'un brevet de protection pour des domaines relevant de la santé
publique. Pour traiter ces sujets, l'Organisation Mondiale de
la Santé a mis en place une Commission
sur les Droits de la Propriété Intellectuelle, l'Innovation
et la Santé Publique.
L'impact négatif sur la recherche médicale d'un
brevet de protection est une autre question dans ce domaine. On
a accordé des brevets à la fois sur des produits
et sur des procédés et souvent, les chercheurs ont
besoin d'utiliser de multiples produits et procédés
dans leur travail. Afin d'éviter toute entorse au brevet,
même si "la recherche constitue une exception"
autorisant dans une certaine mesure les chercheurs à faire
des expériences sur une invention brevetée, ces
derniers passent beaucoup de temps à identifier les propriétaires
de brevets et le cas échéant, à obtenir des
autorisations d'exploitation du produit ou du procédé
breveté. Cela représente des coûts supplémentaires
à la fois pour la recherche et les produits issus de cette
recherche.
Au vu de l'énorme impact de la politique des brevets sur
la santé, les Associations Médicales Nationales,
les autres organisations de santé et les défenseurs
de l'éthique doivent étudier ces questions en détails
et participer aux efforts nationaux et internationaux pour élaborer
des solutions optimales aux problèmes ci-dessus énoncés.
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